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| Une première énigme se pose | | Une première énigme se pose |
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| Après son déjeuner, le comte Jean d'Orsacq déposa un | | Après son déjeuner, le comte Jean d’Orsacq déposa un |
| affectueux baiser sur la main que Lucienne, sa femme, lui tendait, | | affectueux baiser sur la main que Lucienne, sa femme, lui tendait, |
| et l'avertit qu'il ne rentrerait au château que le lendemain | | et l’avertit qu’il ne rentrerait au château que le lendemain |
| dimanche. Son automobile l'attendait devant le perron. Une | | dimanche. Son automobile l’attendait devant le perron. Une |
| heure et demie plus tard, il arrivait dans ses bureaux de Paris, | | heure et demie plus tard, il arrivait dans ses bureaux de Paris, |
| qu'il trouva fermés, comme ils l'étaient chaque samedi.
| | qu’il trouva fermés, comme ils l’étaient chaque samedi. |
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| Tout de suite, il examina les lettres et les documents que son | | Tout de suite, il examina les lettres et les documents que son |
| secrétaire, Arnould, avait préparés à son intention. Quelques | | secrétaire, Arnould, avait préparés à son intention. Quelques |
| lignes du secrétaire annonçaient, en outre, que tout marchait | | lignes du secrétaire annonçaient, en outre, que tout marchait |
| bien, et qu'il comptait apporter à d'Orsacq, vers quatre heures, ce | | bien, et qu’il comptait apporter à d’Orsacq, vers quatre heures, ce |
| que d'Orsacq était venu chercher. | | que d’Orsacq était venu chercher. |
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| De fait, un moment plus tard, le secrétaire entrait et déposait | | De fait, un moment plus tard, le secrétaire entrait et déposait |
| entre les mains de son patron une large enveloppe. | | entre les mains de son patron une large enveloppe. |
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| – Alors, ça y est ? demanda d'Orsacq. L'affaire est réussie ?
| | — Alors, ça y est ? demanda d’Orsacq. L’affaire est réussie ? |
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| – Oui, monsieur.
| | — Oui, monsieur. |
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| – Intégralement ?
| | — Intégralement ? |
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| – Oui, monsieur.
| | — Oui, monsieur. |
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| – Tous les titres sont là-dedans ?
| | — Tous les titres sont là-dedans ? |
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| – Tous. Je les ai comptés soigneusement. Selon la cote d'hier,
| | — Tous. Je les ai comptés soigneusement. Selon la cote d’hier, |
| cela monte environ à six cent mille francs. | | cela monte environ à six cent mille francs. |
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| – Parfait, approuva d'Orsacq. Vous avez fort bien conduit
| | — Parfait, approuva d’Orsacq. Vous avez fort bien conduit |
| cette affaire, et je vous en tiendrai compte. Mais, le silence absolu, | | cette affaire, et je vous en tiendrai compte. Mais, le silence absolu, |
| n'est ce pas ?
| | n’est ce pas ? |
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| – Le silence absolu.
| | — Le silence absolu. |
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| – Un mot encore. Vous vous rappelez que, à mon dernier
| | — Un mot encore. Vous vous rappelez que, à mon dernier |
| passage ici, il y a quinze jours, j'ai eu l'impression qu'on avait | | passage ici, il y a quinze jours, j’ai eu l’impression qu’on avait |
| ouvert, je ne sais comment, les tiroirs de ce bureau et qu'on avait | | ouvert, je ne sais comment, les tiroirs de ce bureau et qu’on avait |
| fouillé dans mes papiers. Votre enquête ne vous a rien révélé à ce | | fouillé dans mes papiers. Votre enquête ne vous a rien révélé à ce |
| propos ? | | propos ? |
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| – Rien, monsieur. Cette pièce est toujours fermée quand vous
| | — Rien, monsieur. Cette pièce est toujours fermée quand vous |
| êtes à la campagne, et en dehors de moi et de la dactylographe, | | êtes à la campagne, et en dehors de moi et de la dactylographe, |
| dont je suis sûr, il n'y a que deux employés, et ils n'ont pas la clef | | dont je suis sûr, il n’y a que deux employés, et ils n’ont pas la clef |
| de cette pièce. | | de cette pièce. |
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| – Évidemment… Évidemment… J'ai dû me tromper, avoua
| | — Évidemment… Évidemment… J’ai dû me tromper, avoua |
| d'Orsacq. D'ailleurs, rien n'a été pris. Donc…
| | d’Orsacq. D’ailleurs, rien n’a été pris. Donc… |
| Resté seul, il ouvrit les tiroirs dont il avait parlé, constata | | Resté seul, il ouvrit les tiroirs dont il avait parlé, constata |
| qu'en effet rien n'avait été pris et, glissant sa main jusqu'au fond
| | qu’en effet rien n’avait été pris et, glissant sa main jusqu’au fond |
| de l'un d'eux, ramena deux plaques de carton blanc serrées l'une | | de l’un d’eux, ramena deux plaques de carton blanc serrées l’une |
| contre l'autre par un élastique. Il ôta l'élastique. Il y avait là une | | contre l’autre par un élastique. Il ôta l’élastique. Il y avait là une |
| vingtaine de photographies de femmes très belles, les femmes | | vingtaine de photographies de femmes très belles, les femmes |
| qu'il avait le plus aimées au cours de sa vie aventureuse et dont il
| | qu’il avait le plus aimées au cours de sa vie aventureuse et dont il |
| avait jusqu'alors conservé fidèlement l'image. | | avait jusqu’alors conservé fidèlement l’image. |
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| Il s'approcha de la cheminée, remonta le rideau de tôle, | | Il s’approcha de la cheminée, remonta le rideau de tôle, |
| alluma son briquet et, avec les vieux papiers accumulés sur la | | alluma son briquet et, avec les vieux papiers accumulés sur la |
| cendre, fit un brasier où il jeta tous les portraits. | | cendre, fit un brasier où il jeta tous les portraits. |
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| Tous les portraits, sauf un. Celui-là, il le contempla longtemps | | Tous les portraits, sauf un. Celui-là, il le contempla longtemps |
| avec une expression passionnée, et murmura « Christiane ! | | avec une expression passionnée, et murmura « Christiane ! |
| Christiane ! Les autres femmes ne comptent plus maintenant. J'ai | | Christiane ! Les autres femmes ne comptent plus maintenant. J’ai |
| jeté au feu tout mon passé. Il n'y a plus que vous, Christiane. » | | jeté au feu tout mon passé. Il n’y a plus que vous, Christiane. » |
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| Il se promena de long en large, puis, s'arrêtant devant la | | Il se promena de long en large, puis, s’arrêtant devant la |
| table, il frappa du plat de la main sur le paquet de titres, et dit à | | table, il frappa du plat de la main sur le paquet de titres, et dit à |
| haute voix, d'un ton de triomphe et de joie exaltée : | | haute voix, d’un ton de triomphe et de joie exaltée : |
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| – Je la tiens, maintenant… Je la tiens… Comment
| | — Je la tiens, maintenant… Je la tiens… Comment |
| m'échapperait-elle ?
| | m’échapperait-elle ? |
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| Jean d'Orsacq fit quelques courses et alla voir plusieurs | | Jean d’Orsacq fit quelques courses et alla voir plusieurs |
| personnes. Ses affaires étant terminées plus vite qu'il ne le | | personnes. Ses affaires étant terminées plus vite qu’il ne le |
| croyait, il résolut de retourner au château. À neuf heures, il y | | croyait, il résolut de retourner au château. À neuf heures, il y |
| dînait avec la comtesse d'Orsacq. | | dînait avec la comtesse d’Orsacq. |
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| Lucienne d'Orsacq était une femme d'environ trente-cinq ans, | | Lucienne d’Orsacq était une femme d’environ trente-cinq ans, |
| toujours souffrante, et qui remplaçait la beauté et la grâce, dont | | toujours souffrante, et qui remplaçait la beauté et la grâce, dont |
| elle était dépourvue, par une grande distinction. Elle inspirait à | | elle était dépourvue, par une grande distinction. Elle inspirait à |
| son mari beaucoup de respect, de l'estime pour ses qualités de | | son mari beaucoup de respect, de l’estime pour ses qualités de |
| maîtresse de maison, et de l'admiration pour l'existence loyale | | maîtresse de maison, et de l’admiration pour l’existence loyale |
| qu'elle menait depuis quinze ans qu'ils étaient mariés. Il
| | qu’elle menait depuis quinze ans qu’ils étaient mariés. Il |
| l'entourait de soins et de prévenances. Jamais il n'aurait consenti
| | l’entourait de soins et de prévenances. Jamais il n’aurait consenti |
| à la faire souffrir. | | à la faire souffrir. |
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| Le soir, ils causèrent un moment. Elle lui dit : | | Le soir, ils causèrent un moment. Elle lui dit : |
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| – J'ai reçu les réponses de nos amis Boisgenêt et Vanol. C'est
| | — J’ai reçu les réponses de nos amis Boisgenêt et Vanol. C’est |
| convenu. Ils arriveront une semaine avant l'ouverture de la | | convenu. Ils arriveront une semaine avant l’ouverture de la |
| chasse. | | chasse. |
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| – C'est-à-dire dans quinze jours.
| | — C’est-à-dire dans quinze jours. |
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| – Exactement. J'attends maintenant la réponse du petit
| | — Exactement. J’attends maintenant la réponse du petit |
| ménage Bresson. Ils sont gais tous deux et mettront de | | ménage Bresson. Ils sont gais tous deux et mettront de |
| l'animation. Et je pense qu'on pourrait inviter aussi ton ami
| | l’animation. Et je pense qu’on pourrait inviter aussi ton ami |
| Debrioux et sa femme. | | Debrioux et sa femme. |
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| D'Orsacq tressaillit.
| | D’Orsacq tressaillit. |
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| – Bernard et Christiane ? Mais tu sais bien que Debrioux a
| | — Bernard et Christiane ? Mais tu sais bien que Debrioux a |
| déjà refusé. C'est un garçon sauvage… | | déjà refusé. C’est un garçon sauvage… |
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| – Oui, mais il adore la chasse, paraît-il, et je téléphonerai à
| | — Oui, mais il adore la chasse, paraît-il, et je téléphonerai à |
| Christiane. | | Christiane. |
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| Jean d'Orsacq regarda sa femme. Elle parlait fort | | Jean d’Orsacq regarda sa femme. Elle parlait fort |
| simplement. Il était hors de doute qu'elle n'avait pas la moindre | | simplement. Il était hors de doute qu’elle n’avait pas la moindre |
| arrière-pensée. | | arrière-pensée. |
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| Il objecta : | | Il objecta : |
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| – Ni Bernard ni Christiane Debrioux ne sont bien
| | — Ni Bernard ni Christiane Debrioux ne sont bien |
| divertissants. | | divertissants. |
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| – Non, Mais il est trop tard pour lancer d'autres invitations et
| | — Non, Mais il est trop tard pour lancer d’autres invitations et |
| je tiens à ce qu'on soit huit à table et que le château soit au | | je tiens à ce qu’on soit huit à table et que le château soit au |
| complet, pour la fête que tu veux organiser, huit jours après, dans | | complet, pour la fête que tu veux organiser, huit jours après, dans |
| le parc, avec les gens du village. | | le parc, avec les gens du village. |
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| – Comme tu voudras, dit-il. Personne plus que toi n'a le sens
| | — Comme tu voudras, dit-il. Personne plus que toi n’a le sens |
| des réceptions. | | des réceptions. |
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| Lorsque Lucienne d'Orsacq eut regagné sa chambre, il | | Lorsque Lucienne d’Orsacq eut regagné sa chambre, il |
| s'installa, lui, dans la bibliothèque qui lui servait de cabinet de
| | s’installa, lui, dans la bibliothèque qui lui servait de cabinet de |
| travail. Les banques étant fermées à Paris, il avait apporté la | | travail. Les banques étant fermées à Paris, il avait apporté la |
| liasse des titres dans une serviette de cuir qu'il n'avait pour ainsi | | liasse des titres dans une serviette de cuir qu’il n’avait pour ainsi |
| dire pas quittée depuis son arrivée au château. | | dire pas quittée depuis son arrivée au château. |
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| Ces titres, il les ôta de la serviette et en fit un rouleau qu'il | | Ces titres, il les ôta de la serviette et en fit un rouleau qu’il |
| enveloppa d'un morceau de journal et qu'il ficela. Près de lui, | | enveloppa d’un morceau de journal et qu’il ficela. Près de lui, |
| dans le mur massif, un placard était creusé où l'on apercevait, par | | dans le mur massif, un placard était creusé où l’on apercevait, par |
| l'embrasure, un énorme et vieux coffre-fort.
| | l’embrasure, un énorme et vieux coffre-fort. |
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| Il tira une petite clef de sa poche, puis manoeuvra un certain | | Il tira une petite clef de sa poche, puis manœuvra un certain |
| nombre de fois chacun des trois boutons afin de former le chiffre | | nombre de fois chacun des trois boutons afin de former le chiffre |
| qui commandait la serrure. | | qui commandait la serrure. |
| Line 151: |
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| et brouilla le chiffre. | | et brouilla le chiffre. |
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| Onze heures sonnèrent à l'horloge du château. | | Onze heures sonnèrent à l’horloge du château. |
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| II alluma un cigare qu'il fuma lentement, étendu au creux | | II alluma un cigare qu’il fuma lentement, étendu au creux |
| d'un vaste fauteuil. Jamais il ne s'était senti aussi heureux.
| | d’un vaste fauteuil. Jamais il ne s’était senti aussi heureux. |
| Bonheur fait de bien-être d'abord. Il était riche, et il savait jouir | | Bonheur fait de bien-être d’abord. Il était riche, et il savait jouir |
| de sa richesse auprès d'une épouse attentive, dévouée, qui lui | | de sa richesse auprès d’une épouse attentive, dévouée, qui lui |
| avait consacré son existence et qui s'ingéniait à lui épargner tous | | avait consacré son existence et qui s’ingéniait à lui épargner tous |
| les soucis de l'existence quotidienne. | | les soucis de l’existence quotidienne. |
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| Bonheur fait d'espoir aussi. Il aimait cette admirable | | Bonheur fait d’espoir aussi. Il aimait cette admirable |
| Christiane Debrioux, comme on n'aime qu'une fois dans sa vie, et, | | Christiane Debrioux, comme on n’aime qu’une fois dans sa vie, et, |
| bien qu'il n'eût encore rien obtenu d'elle, il la devinait touchée, | | bien qu’il n’eût encore rien obtenu d’elle, il la devinait touchée, |
| obsédée par cet amour fervent, moins forte, plus accessible enfin. | | obsédée par cet amour fervent, moins forte, plus accessible enfin. |
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| Une heure s'écoula, dans le silence et l'immobilité. Sa rêverie, | | Une heure s’écoula, dans le silence et l’immobilité. Sa rêverie, |
| peu à peu, s'était changée en une somnolence confuse, lorsque, | | peu à peu, s’était changée en une somnolence confuse, lorsque, |
| soudain, il fut tourmenté par un léger bruit, qui se renouvela deux | | soudain, il fut tourmenté par un léger bruit, qui se renouvela deux |
| fois, trois fois, et qui le contraignit à se réveiller. | | fois, trois fois, et qui le contraignit à se réveiller. |
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| Il prêta l'oreille. Cela provenait de la porte à deux battants qui | | Il prêta l’oreille. Cela provenait de la porte à deux battants qui |
| faisait communiquer la bibliothèque avec le grand salon. Il lui | | faisait communiquer la bibliothèque avec le grand salon. Il lui |
| sembla qu'on essayait d'ouvrir, tout doucement… Quelqu'un, | | sembla qu’on essayait d’ouvrir, tout doucement… Quelqu’un, |
| évidemment, qui ne le savait pas là… | | évidemment, qui ne le savait pas là… |
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| Jean d'Orsacq était d'une bravoure que nul péril ne pouvait | | Jean d’Orsacq était d’une bravoure que nul péril ne pouvait |
| troubler. Avec précaution, il éteignit la lumière et se posta. La | | troubler. Avec précaution, il éteignit la lumière et se posta. La |
| pièce était obscure, de grands volets de bois bouchant la large, | | pièce était obscure, de grands volets de bois bouchant la large, |
| mais unique croisée du fond. | | mais unique croisée du fond. |
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| D'une poussée continue, le battant fut entrebâillé et l'ombre
| | D’une poussée continue, le battant fut entrebâillé et l’ombre |
| plus noire d'une silhouette se profila dans les ténèbres. Le tort du | | plus noire d’une silhouette se profila dans les ténèbres. Le tort du |
| comte d'Orsacq fut de ne pas patienter et d'agir avant que | | comte d’Orsacq fut de ne pas patienter et d’agir avant que |
| l'homme n'eût franchi le seuil. En réalité, il craignait que
| | l’homme n’eût franchi le seuil. En réalité, il craignait que |
| Lucienne n'entendît le bruit et ne s'effrayât. Il saisit donc | | Lucienne n’entendît le bruit et ne s’effrayât. Il saisit donc |
| l'individu à la gorge, le fit reculer et le renversa dans le salon.
| | l’individu à la gorge, le fit reculer et le renversa dans le salon. |
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| La lutte fut violente. Lutte silencieuse, acharnée, qui se | | La lutte fut violente. Lutte silencieuse, acharnée, qui se |
| déroula par terre, presque sur place. Autant par orgueil que par | | déroula par terre, presque sur place. Autant par orgueil que par |
| conscience de sa supériorité, d'Orsacq ne voulait pas appeler les | | conscience de sa supériorité, d’Orsacq ne voulait pas appeler les |
| domestiques. Pourtant, il se heurtait à une résistance plus grande | | domestiques. Pourtant, il se heurtait à une résistance plus grande |
| qu'il ne le croyait.
| | qu’il ne le croyait. |
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| – Qui es-tu ? grognait-il. Qu'est-ce que tu viens faire ? Parle,
| | — Qui es-tu ? grognait-il. Qu’est-ce que tu viens faire ? Parle, |
| et je te lâche. Sinon, tant pis pour toi, situ reçois un mauvais | | et je te lâche. Sinon, tant pis pour toi, situ reçois un mauvais |
| coup. | | coup. |
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| Tout son désir eût été d'arracher à l'ennemi quelques | | Tout son désir eût été d’arracher à l’ennemi quelques |
| secondes de répit et d'allumer l'électricité pour le voir en pleine | | secondes de répit et d’allumer l’électricité pour le voir en pleine |
| face. Mais l'autre, sans essayer de prendre l'offensive, se débattait | | face. Mais l’autre, sans essayer de prendre l’offensive, se débattait |
| avec une énergie indomptable et une souplesse déconcertante. Il | | avec une énergie indomptable et une souplesse déconcertante. Il |
| ne cherchait évidemment qu'à échapper à l'étreinte, et à se | | ne cherchait évidemment qu’à échapper à l’étreinte, et à se |
| sauver. D'Orsacq, qui ne s'y trompait pas, augmentait d'autant | | sauver. D’Orsacq, qui ne s’y trompait pas, augmentait d’autant |
| plus sa pression dans l'espoir d'épuiser l'adversaire et de le mettre | | plus sa pression dans l’espoir d’épuiser l’adversaire et de le mettre |
| hors de combat. | | hors de combat. |
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| Il n'y parvint pas. Et tout à coup il arriva que l'homme, par | | Il n’y parvint pas. Et tout à coup il arriva que l’homme, par |
| une torsion de tout son être, glissa entre ses mains, rampa sur le | | une torsion de tout son être, glissa entre ses mains, rampa sur le |
| tapis et parut s'évanouir dans l'ombre. | | tapis et parut s’évanouir dans l’ombre. |
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| D'Orsacq se précipita vers un interrupteur, puis s'élança. Il
| | D’Orsacq se précipita vers un interrupteur, puis s’élança. Il |
| eut juste le temps d'aviser une silhouette qui s'évadait de la salle à | | eut juste le temps d’aviser une silhouette qui s’évadait de la salle à |
| manger voisine par le corridor de service. | | manger voisine par le corridor de service. |
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| Il courut. Ce corridor aboutissait à un petit escalier qui | | Il courut. Ce corridor aboutissait à un petit escalier qui |
| descendait au sous-sol. Et, du sous-sol, on pouvait s'enfuir par | | descendait au sous-sol. Et, du sous-sol, on pouvait s’enfuir par |
| une porte basse qui donnait dans le jardin. Mais cette porte basse | | une porte basse qui donnait dans le jardin. Mais cette porte basse |
| était toujours fermée par un verrou à clef. | | était toujours fermée par un verrou à clef. |
| Line 223: |
Line 223: |
| Dehors, il aperçut, dans la vague clarté que versait un ciel | | Dehors, il aperçut, dans la vague clarté que versait un ciel |
| nuageux, la silhouette qui contournait le château. Il la retrouva, | | nuageux, la silhouette qui contournait le château. Il la retrouva, |
| sur la droite, au fil d'une allée qui, entre deux pelouses, atteignait | | sur la droite, au fil d’une allée qui, entre deux pelouses, atteignait |
| une rivière. | | une rivière. |
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| D'Orsacq prit un raccourci et gagna un monticule d'où l'on
| | D’Orsacq prit un raccourci et gagna un monticule d’où l’on |
| dominait, à un certain endroit, le cours nonchalant de cette | | dominait, à un certain endroit, le cours nonchalant de cette |
| rivière. De fait, l'homme bondit à vingt mètres au-dessous de lui. | | rivière. De fait, l’homme bondit à vingt mètres au-dessous de lui. |
| D'Orsacq, qui avait braqué son revolver, tira. Il y eut un cri. Mais
| | D’Orsacq, qui avait braqué son revolver, tira. Il y eut un cri. Mais |
| si l'ennemi était atteint, la blessure ne devait pas être grave, car il | | si l’ennemi était atteint, la blessure ne devait pas être grave, car il |
| disparut de nouveau. | | disparut de nouveau. |
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| Et Jean d'Orsacq ne vit plus rien, ne trouva plus rien, | | Et Jean d’Orsacq ne vit plus rien, ne trouva plus rien, |
| n'entendit plus rien.
| | n’entendit plus rien. |
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| D'Orsacq avait un caractère à décisions rapides et à réactions
| | D’Orsacq avait un caractère à décisions rapides et à réactions |
| très nettes. Abandonnant la poursuite, il revint au château où il se | | très nettes. Abandonnant la poursuite, il revint au château où il se |
| rendit compte que tout était tranquille, que les lumières étaient | | rendit compte que tout était tranquille, que les lumières étaient |
| Line 243: |
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| Alors il se retira chez lui et se coucha. | | Alors il se retira chez lui et se coucha. |
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| Le lendemain, ayant interrogé, il sut que l'incident n'avait | | Le lendemain, ayant interrogé, il sut que l’incident n’avait |
| réveillé personne, et que le bruit de la détonation n'avait pas été | | réveillé personne, et que le bruit de la détonation n’avait pas été |
| perçu. | | perçu. |
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| Il garda donc le silence. À quoi bon parler ? | | Il garda donc le silence. À quoi bon parler ? |
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| Il descendit le long de la rivière, jusqu'à une série de grottes | | Il descendit le long de la rivière, jusqu’à une série de grottes |
| creusées sous les monticules, puis jusqu'au mur qui cernait le | | creusées sous les monticules, puis jusqu’au mur qui cernait le |
| parc. Vaines recherches. Mais, ayant suivi le mur, il arriva devant | | parc. Vaines recherches. Mais, ayant suivi le mur, il arriva devant |
| une petite grille renforcée de plaques en fer et que clôturait une | | une petite grille renforcée de plaques en fer et que clôturait une |
| ouverture cintrée que l'on n'utilisait jamais. L'individu avait-il | | ouverture cintrée que l’on n’utilisait jamais. L’individu avait-il |
| passé par là, à l'aller comme au départ ? Mais, en ce cas, il eût été | | passé par là, à l’aller comme au départ ? Mais, en ce cas, il eût été |
| nécessaire qu'il eût la clef de cette issue. | | nécessaire qu’il eût la clef de cette issue. |
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| Cependant, il y avait des traces de pas dans l'herbe | | Cependant, il y avait des traces de pas dans l’herbe |
| environnante… | | environnante… |
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| Vers onze heures, une nouvelle se répandit dans le château. À | | Vers onze heures, une nouvelle se répandit dans le château. À |
| cinq cents mètres au-delà du village, on avait trouvé, en travers | | cinq cents mètres au-delà du village, on avait trouvé, en travers |
| de la route nationale, le cadavre d'un homme renversé sans aucun | | de la route nationale, le cadavre d’un homme renversé sans aucun |
| doute par une automobile. Or, ce cadavre portait au bras gauche, | | doute par une automobile. Or, ce cadavre portait au bras gauche, |
| sous deux mouchoirs qui formaient compresse et qui étaient | | sous deux mouchoirs qui formaient compresse et qui étaient |
| Line 268: |
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| une balle de revolver. | | une balle de revolver. |
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| Il était à supposer que l'homme, blessé, perdant son sang en | | Il était à supposer que l’homme, blessé, perdant son sang en |
| abondance, était tombé en travers de la route où une automobile | | abondance, était tombé en travers de la route où une automobile |
| l'avait écrasé. Mais qui avait tiré cette balle de revolver ?
| | l’avait écrasé. Mais qui avait tiré cette balle de revolver ? |
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| L'après-midi, rencontrant un des gendarmes, d'Orsacq apprit
| | L’après-midi, rencontrant un des gendarmes, d’Orsacq apprit |
| le nom de la victime. C'était un sieur Agénor Bâton, domicilié à | | le nom de la victime. C’était un sieur Agénor Bâton, domicilié à |
| Paris, rue de Grenelle. | | Paris, rue de Grenelle. |
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| D'Orsacq se souvint. Trois ans auparavant, il avait renvoyé de
| | D’Orsacq se souvint. Trois ans auparavant, il avait renvoyé de |
| ses bureaux de Paris un sieur Agénor Bâton, employé chez lui | | ses bureaux de Paris un sieur Agénor Bâton, employé chez lui |
| comme homme de peine, et qu'il avait surpris un jour en train de | | comme homme de peine, et qu’il avait surpris un jour en train de |
| fouiller dans ses papiers. | | fouiller dans ses papiers. |
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| Était-ce Agénor Bâton son visiteur de la veille, qu'il avait | | Était-ce Agénor Bâton son visiteur de la veille, qu’il avait |
| poursuivi et blessé ? Fort probablement. | | poursuivi et blessé ? Fort probablement. |
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| tiroirs de ses bureaux de Paris ? Fort probablement. | | tiroirs de ses bureaux de Paris ? Fort probablement. |
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| Mais alors il aurait fallu qu'il eût : | | Mais alors il aurait fallu qu’il eût : |
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| 1° la clef même des bureaux de Paris et celle de la pièce | | 1° la clef même des bureaux de Paris et celle de la pièce |
| particulière de d'Orsacq ? | | particulière de d’Orsacq ? |
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| 2° la clef de la petite grille du château et celle de la porte de | | 2° la clef de la petite grille du château et celle de la porte de |
| service par où l'on pénétrait dans le sous-sol ? | | service par où l’on pénétrait dans le sous-sol ? |
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| En tout, quatre clefs. Était-ce admissible ? | | En tout, quatre clefs. Était-ce admissible ? |
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| Et, d'autre part, que cherchait-il, à Paris ? Que cherchait-il au | | Et, d’autre part, que cherchait-il, à Paris ? Que cherchait-il au |
| château le soir même où d'Orsacq enfermait les titres dans son | | château le soir même où d’Orsacq enfermait les titres dans son |
| coffre-fort ? | | coffre-fort ? |
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| Toutes ces questions se présentèrent à l'esprit du comte Jean | | Toutes ces questions se présentèrent à l’esprit du comte Jean |
| d'Orsacq durant les jours suivants, et pendant l'enquête que l'on
| | d’Orsacq durant les jours suivants, et pendant l’enquête que l’on |
| fit aux environs. Mais ni la justice ni lui n'aboutirent à la moindre | | fit aux environs. Mais ni la justice ni lui n’aboutirent à la moindre |
| certitude. La justice ne recueillit aucun renseignement sur | | certitude. La justice ne recueillit aucun renseignement sur |
| l'existence, sur la famille, et même sur l'identité du personnage.
| | l’existence, sur la famille, et même sur l’identité du personnage. |
| Était-ce son véritable nom que ce nom d'Agénor Bâton, inscrit sur | | Était-ce son véritable nom que ce nom d’Agénor Bâton, inscrit sur |
| une feuille de calepin ? On l'admit, parce qu'il habitait, en effet, | | une feuille de calepin ? On l’admit, parce qu’il habitait, en effet, |
| sous ce nom, une mansarde à l'adresse indiquée. Mais on n'en fut | | sous ce nom, une mansarde à l’adresse indiquée. Mais on n’en fut |
| pas très sûr. | | pas très sûr. |
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| Le hasard fit même, comme tout le personnel des d'Orsacq | | Le hasard fit même, comme tout le personnel des d’Orsacq |
| avait été renouvelé, que l'on ne remonta point jusqu'à cet Agénor | | avait été renouvelé, que l’on ne remonta point jusqu’à cet Agénor |
| Bâton que d'Orsacq avait employé jadis dans ses bureaux de | | Bâton que d’Orsacq avait employé jadis dans ses bureaux de |
| Paris. | | Paris. |
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| D'Orsacq n'était pas homme à se tourmenter pour un
| | D’Orsacq n’était pas homme à se tourmenter pour un |
| problème difficile, ni même à s'y intéresser. Ayant résolu de se | | problème difficile, ni même à s’y intéresser. Ayant résolu de se |
| taire sur des incidents qui ne concernaient que lui et qui ne | | taire sur des incidents qui ne concernaient que lui et qui ne |
| pouvaient plus avoir de suite, puisque le personnage était mort, il | | pouvaient plus avoir de suite, puisque le personnage était mort, il |
| Line 323: |
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| quand le jour des explications serait venu. | | quand le jour des explications serait venu. |
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| Pour l'instant, il n'y pensa même plus. L'existence offrait à ce | | Pour l’instant, il n’y pensa même plus. L’existence offrait à ce |
| grand amoureux de la vie des sources d'intérêt constamment | | grand amoureux de la vie des sources d’intérêt constamment |
| renouvelées qui ne lui permettaient pas de s'attarder au passé. | | renouvelées qui ne lui permettaient pas de s’attarder au passé. |
| Christiane allait-elle accepter l'invitation ? Christiane répondrait-elle | | Christiane allait-elle accepter l’invitation ? Christiane répondrait-elle |
| à son amour ? Voilà ce qui le passionnait. | | à son amour ? Voilà ce qui le passionnait. |
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| Ce n'est qu'au moment le plus intense du drame inattendu | | Ce n’est qu’au moment le plus intense du drame inattendu |
| qui allait atteindre d'Orsacq, à la minute suprême de son | | qui allait atteindre d’Orsacq, à la minute suprême de son |
| existence, que la clarté jaillit dans les ténèbres. | | existence, que la clarté jaillit dans les ténèbres. |
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| Et à cette minute-là, le drame était si terrifiant que la solution | | Et à cette minute-là, le drame était si terrifiant que la solution |
| de l'énigme ne pouvait plus influer sur l'inévitable dénouement. | | de l’énigme ne pouvait plus influer sur l’inévitable dénouement. |
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| Les événements qui suivent, relatifs au crime et au vol que | | Les événements qui suivent, relatifs au crime et au vol que |
| nous allons raconter, furent si rapides, qu'il ne s'écoula pas vingt | | nous allons raconter, furent si rapides, qu’il ne s’écoula pas vingt |
| heures entre les péripéties initiales et le coup de théâtre qui mit | | heures entre les péripéties initiales et le coup de théâtre qui mit |
| fin brusquement à l'instruction ouverte. Lorsque la nuée des | | fin brusquement à l’instruction ouverte. Lorsque la nuée des |
| journalistes s'abattit autour du château d'Orsacq, on peut dire | | journalistes s’abattit autour du château d’Orsacq, on peut dire |
| que tout était terminé. Ils se heurtèrent à des grilles closes et à | | que tout était terminé. Ils se heurtèrent à des grilles closes et à |
| des consignes de silence. | | des consignes de silence. |
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| À force de recherches patientes, il nous a été possible de | | À force de recherches patientes, il nous a été possible de |
| reconstituer l'histoire de ces vingt heures avec assez de minutie et | | reconstituer l’histoire de ces vingt heures avec assez de minutie et |
| de certitude pour que l'on aperçoive tous les faits essentiels, et | | de certitude pour que l’on aperçoive tous les faits essentiels, et |
| rien que ces faits ; et pour que l'on entende toutes les paroles qui | | rien que ces faits ; et pour que l’on entende toutes les paroles qui |
| concoururent à la découverte de la vérité, et rien que ces paroles. | | concoururent à la découverte de la vérité, et rien que ces paroles. |
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| Et ainsi, cette étrange aventure, si nonchalante dans son | | Et ainsi, cette étrange aventure, si nonchalante dans son |
| court, développement judiciaire, mais si ramassée dans le temps | | court, développement judiciaire, mais si ramassée dans le temps |
| et dans l'espace, si chargée de psychologie et si troublante par | | et dans l’espace, si chargée de psychologie et si troublante par |
| l'explosion d'instincts ignorés, si logique par l'enchaînement des
| | l’explosion d’instincts ignorés, si logique par l’enchaînement des |
| faits et si bouleversée par les caprices du hasard, est dévoilée ici | | faits et si bouleversée par les caprices du hasard, est dévoilée ici |
| pour la première fois, en sa simplicité et son horreur. | | pour la première fois, en sa simplicité et son horreur. |
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| Ce qu'il y a de plus tragique dans la vie, ce ne sont pas les | | Ce qu’il y a de plus tragique dans la vie, ce ne sont pas les |
| drames qui naissent de nos seules fautes et de nos seules | | drames qui naissent de nos seules fautes et de nos seules |
| passions, mais ceux auxquels le destin semble ajouter, | | passions, mais ceux auxquels le destin semble ajouter, |
| inutilement et méchamment, sa part inhumaine d'extravagance, | | inutilement et méchamment, sa part inhumaine d’extravagance, |
| de folie et de fatalité. | | de folie et de fatalité. |
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Prologue
Une première énigme se pose
Après son déjeuner, le comte Jean d’Orsacq déposa un
affectueux baiser sur la main que Lucienne, sa femme, lui tendait,
et l’avertit qu’il ne rentrerait au château que le lendemain
dimanche. Son automobile l’attendait devant le perron. Une
heure et demie plus tard, il arrivait dans ses bureaux de Paris,
qu’il trouva fermés, comme ils l’étaient chaque samedi.
Tout de suite, il examina les lettres et les documents que son
secrétaire, Arnould, avait préparés à son intention. Quelques
lignes du secrétaire annonçaient, en outre, que tout marchait
bien, et qu’il comptait apporter à d’Orsacq, vers quatre heures, ce
que d’Orsacq était venu chercher.
De fait, un moment plus tard, le secrétaire entrait et déposait
entre les mains de son patron une large enveloppe.
— Alors, ça y est ? demanda d’Orsacq. L’affaire est réussie ?
— Oui, monsieur.
— Intégralement ?
— Oui, monsieur.
— Tous les titres sont là-dedans ?
— Tous. Je les ai comptés soigneusement. Selon la cote d’hier,
cela monte environ à six cent mille francs.
— Parfait, approuva d’Orsacq. Vous avez fort bien conduit
cette affaire, et je vous en tiendrai compte. Mais, le silence absolu,
n’est ce pas ?
— Le silence absolu.
— Un mot encore. Vous vous rappelez que, à mon dernier
passage ici, il y a quinze jours, j’ai eu l’impression qu’on avait
ouvert, je ne sais comment, les tiroirs de ce bureau et qu’on avait
fouillé dans mes papiers. Votre enquête ne vous a rien révélé à ce
propos ?
— Rien, monsieur. Cette pièce est toujours fermée quand vous
êtes à la campagne, et en dehors de moi et de la dactylographe,
dont je suis sûr, il n’y a que deux employés, et ils n’ont pas la clef
de cette pièce.
— Évidemment… Évidemment… J’ai dû me tromper, avoua
d’Orsacq. D’ailleurs, rien n’a été pris. Donc…
Resté seul, il ouvrit les tiroirs dont il avait parlé, constata
qu’en effet rien n’avait été pris et, glissant sa main jusqu’au fond
de l’un d’eux, ramena deux plaques de carton blanc serrées l’une
contre l’autre par un élastique. Il ôta l’élastique. Il y avait là une
vingtaine de photographies de femmes très belles, les femmes
qu’il avait le plus aimées au cours de sa vie aventureuse et dont il
avait jusqu’alors conservé fidèlement l’image.
Il s’approcha de la cheminée, remonta le rideau de tôle,
alluma son briquet et, avec les vieux papiers accumulés sur la
cendre, fit un brasier où il jeta tous les portraits.
Tous les portraits, sauf un. Celui-là, il le contempla longtemps
avec une expression passionnée, et murmura « Christiane !
Christiane ! Les autres femmes ne comptent plus maintenant. J’ai
jeté au feu tout mon passé. Il n’y a plus que vous, Christiane. »
Il se promena de long en large, puis, s’arrêtant devant la
table, il frappa du plat de la main sur le paquet de titres, et dit à
haute voix, d’un ton de triomphe et de joie exaltée :
— Je la tiens, maintenant… Je la tiens… Comment
m’échapperait-elle ?
Jean d’Orsacq fit quelques courses et alla voir plusieurs
personnes. Ses affaires étant terminées plus vite qu’il ne le
croyait, il résolut de retourner au château. À neuf heures, il y
dînait avec la comtesse d’Orsacq.
Lucienne d’Orsacq était une femme d’environ trente-cinq ans,
toujours souffrante, et qui remplaçait la beauté et la grâce, dont
elle était dépourvue, par une grande distinction. Elle inspirait à
son mari beaucoup de respect, de l’estime pour ses qualités de
maîtresse de maison, et de l’admiration pour l’existence loyale
qu’elle menait depuis quinze ans qu’ils étaient mariés. Il
l’entourait de soins et de prévenances. Jamais il n’aurait consenti
à la faire souffrir.
Le soir, ils causèrent un moment. Elle lui dit :
— J’ai reçu les réponses de nos amis Boisgenêt et Vanol. C’est
convenu. Ils arriveront une semaine avant l’ouverture de la
chasse.
— C’est-à-dire dans quinze jours.
— Exactement. J’attends maintenant la réponse du petit
ménage Bresson. Ils sont gais tous deux et mettront de
l’animation. Et je pense qu’on pourrait inviter aussi ton ami
Debrioux et sa femme.
D’Orsacq tressaillit.
— Bernard et Christiane ? Mais tu sais bien que Debrioux a
déjà refusé. C’est un garçon sauvage…
— Oui, mais il adore la chasse, paraît-il, et je téléphonerai à
Christiane.
Jean d’Orsacq regarda sa femme. Elle parlait fort
simplement. Il était hors de doute qu’elle n’avait pas la moindre
arrière-pensée.
Il objecta :
— Ni Bernard ni Christiane Debrioux ne sont bien
divertissants.
— Non, Mais il est trop tard pour lancer d’autres invitations et
je tiens à ce qu’on soit huit à table et que le château soit au
complet, pour la fête que tu veux organiser, huit jours après, dans
le parc, avec les gens du village.
— Comme tu voudras, dit-il. Personne plus que toi n’a le sens
des réceptions.
Lorsque Lucienne d’Orsacq eut regagné sa chambre, il
s’installa, lui, dans la bibliothèque qui lui servait de cabinet de
travail. Les banques étant fermées à Paris, il avait apporté la
liasse des titres dans une serviette de cuir qu’il n’avait pour ainsi
dire pas quittée depuis son arrivée au château.
Ces titres, il les ôta de la serviette et en fit un rouleau qu’il
enveloppa d’un morceau de journal et qu’il ficela. Près de lui,
dans le mur massif, un placard était creusé où l’on apercevait, par
l’embrasure, un énorme et vieux coffre-fort.
Il tira une petite clef de sa poche, puis manœuvra un certain
nombre de fois chacun des trois boutons afin de former le chiffre
qui commandait la serrure.
La porte fut ouverte. Il déposa le rouleau des titres, referma,
et brouilla le chiffre.
Onze heures sonnèrent à l’horloge du château.
II alluma un cigare qu’il fuma lentement, étendu au creux
d’un vaste fauteuil. Jamais il ne s’était senti aussi heureux.
Bonheur fait de bien-être d’abord. Il était riche, et il savait jouir
de sa richesse auprès d’une épouse attentive, dévouée, qui lui
avait consacré son existence et qui s’ingéniait à lui épargner tous
les soucis de l’existence quotidienne.
Bonheur fait d’espoir aussi. Il aimait cette admirable
Christiane Debrioux, comme on n’aime qu’une fois dans sa vie, et,
bien qu’il n’eût encore rien obtenu d’elle, il la devinait touchée,
obsédée par cet amour fervent, moins forte, plus accessible enfin.
Une heure s’écoula, dans le silence et l’immobilité. Sa rêverie,
peu à peu, s’était changée en une somnolence confuse, lorsque,
soudain, il fut tourmenté par un léger bruit, qui se renouvela deux
fois, trois fois, et qui le contraignit à se réveiller.
Il prêta l’oreille. Cela provenait de la porte à deux battants qui
faisait communiquer la bibliothèque avec le grand salon. Il lui
sembla qu’on essayait d’ouvrir, tout doucement… Quelqu’un,
évidemment, qui ne le savait pas là…
Jean d’Orsacq était d’une bravoure que nul péril ne pouvait
troubler. Avec précaution, il éteignit la lumière et se posta. La
pièce était obscure, de grands volets de bois bouchant la large,
mais unique croisée du fond.
D’une poussée continue, le battant fut entrebâillé et l’ombre
plus noire d’une silhouette se profila dans les ténèbres. Le tort du
comte d’Orsacq fut de ne pas patienter et d’agir avant que
l’homme n’eût franchi le seuil. En réalité, il craignait que
Lucienne n’entendît le bruit et ne s’effrayât. Il saisit donc
l’individu à la gorge, le fit reculer et le renversa dans le salon.
La lutte fut violente. Lutte silencieuse, acharnée, qui se
déroula par terre, presque sur place. Autant par orgueil que par
conscience de sa supériorité, d’Orsacq ne voulait pas appeler les
domestiques. Pourtant, il se heurtait à une résistance plus grande
qu’il ne le croyait.
— Qui es-tu ? grognait-il. Qu’est-ce que tu viens faire ? Parle,
et je te lâche. Sinon, tant pis pour toi, situ reçois un mauvais
coup.
Tout son désir eût été d’arracher à l’ennemi quelques
secondes de répit et d’allumer l’électricité pour le voir en pleine
face. Mais l’autre, sans essayer de prendre l’offensive, se débattait
avec une énergie indomptable et une souplesse déconcertante. Il
ne cherchait évidemment qu’à échapper à l’étreinte, et à se
sauver. D’Orsacq, qui ne s’y trompait pas, augmentait d’autant
plus sa pression dans l’espoir d’épuiser l’adversaire et de le mettre
hors de combat.
Il n’y parvint pas. Et tout à coup il arriva que l’homme, par
une torsion de tout son être, glissa entre ses mains, rampa sur le
tapis et parut s’évanouir dans l’ombre.
D’Orsacq se précipita vers un interrupteur, puis s’élança. Il
eut juste le temps d’aviser une silhouette qui s’évadait de la salle à
manger voisine par le corridor de service.
Il courut. Ce corridor aboutissait à un petit escalier qui
descendait au sous-sol. Et, du sous-sol, on pouvait s’enfuir par
une porte basse qui donnait dans le jardin. Mais cette porte basse
était toujours fermée par un verrou à clef.
Or, il la trouva ouverte.
Dehors, il aperçut, dans la vague clarté que versait un ciel
nuageux, la silhouette qui contournait le château. Il la retrouva,
sur la droite, au fil d’une allée qui, entre deux pelouses, atteignait
une rivière.
D’Orsacq prit un raccourci et gagna un monticule d’où l’on
dominait, à un certain endroit, le cours nonchalant de cette
rivière. De fait, l’homme bondit à vingt mètres au-dessous de lui.
D’Orsacq, qui avait braqué son revolver, tira. Il y eut un cri. Mais
si l’ennemi était atteint, la blessure ne devait pas être grave, car il
disparut de nouveau.
Et Jean d’Orsacq ne vit plus rien, ne trouva plus rien,
n’entendit plus rien.
D’Orsacq avait un caractère à décisions rapides et à réactions
très nettes. Abandonnant la poursuite, il revint au château où il se
rendit compte que tout était tranquille, que les lumières étaient
éteintes à toutes les chambres, et que sa femme dormait.
Alors il se retira chez lui et se coucha.
Le lendemain, ayant interrogé, il sut que l’incident n’avait
réveillé personne, et que le bruit de la détonation n’avait pas été
perçu.
Il garda donc le silence. À quoi bon parler ?
Il descendit le long de la rivière, jusqu’à une série de grottes
creusées sous les monticules, puis jusqu’au mur qui cernait le
parc. Vaines recherches. Mais, ayant suivi le mur, il arriva devant
une petite grille renforcée de plaques en fer et que clôturait une
ouverture cintrée que l’on n’utilisait jamais. L’individu avait-il
passé par là, à l’aller comme au départ ? Mais, en ce cas, il eût été
nécessaire qu’il eût la clef de cette issue.
Cependant, il y avait des traces de pas dans l’herbe
environnante…
Vers onze heures, une nouvelle se répandit dans le château. À
cinq cents mètres au-delà du village, on avait trouvé, en travers
de la route nationale, le cadavre d’un homme renversé sans aucun
doute par une automobile. Or, ce cadavre portait au bras gauche,
sous deux mouchoirs qui formaient compresse et qui étaient
rouges de sang, une plaie du fond de laquelle on finit par extraire
une balle de revolver.
Il était à supposer que l’homme, blessé, perdant son sang en
abondance, était tombé en travers de la route où une automobile
l’avait écrasé. Mais qui avait tiré cette balle de revolver ?
L’après-midi, rencontrant un des gendarmes, d’Orsacq apprit
le nom de la victime. C’était un sieur Agénor Bâton, domicilié à
Paris, rue de Grenelle.
D’Orsacq se souvint. Trois ans auparavant, il avait renvoyé de
ses bureaux de Paris un sieur Agénor Bâton, employé chez lui
comme homme de peine, et qu’il avait surpris un jour en train de
fouiller dans ses papiers.
Était-ce Agénor Bâton son visiteur de la veille, qu’il avait
poursuivi et blessé ? Fort probablement.
Était-ce Agénor Bâton qui avait de nouveau fouillé dans les
tiroirs de ses bureaux de Paris ? Fort probablement.
Mais alors il aurait fallu qu’il eût :
1° la clef même des bureaux de Paris et celle de la pièce
particulière de d’Orsacq ?
2° la clef de la petite grille du château et celle de la porte de
service par où l’on pénétrait dans le sous-sol ?
En tout, quatre clefs. Était-ce admissible ?
Et, d’autre part, que cherchait-il, à Paris ? Que cherchait-il au
château le soir même où d’Orsacq enfermait les titres dans son
coffre-fort ?
Toutes ces questions se présentèrent à l’esprit du comte Jean
d’Orsacq durant les jours suivants, et pendant l’enquête que l’on
fit aux environs. Mais ni la justice ni lui n’aboutirent à la moindre
certitude. La justice ne recueillit aucun renseignement sur
l’existence, sur la famille, et même sur l’identité du personnage.
Était-ce son véritable nom que ce nom d’Agénor Bâton, inscrit sur
une feuille de calepin ? On l’admit, parce qu’il habitait, en effet,
sous ce nom, une mansarde à l’adresse indiquée. Mais on n’en fut
pas très sûr.
Le hasard fit même, comme tout le personnel des d’Orsacq
avait été renouvelé, que l’on ne remonta point jusqu’à cet Agénor
Bâton que d’Orsacq avait employé jadis dans ses bureaux de
Paris.
D’Orsacq n’était pas homme à se tourmenter pour un
problème difficile, ni même à s’y intéresser. Ayant résolu de se
taire sur des incidents qui ne concernaient que lui et qui ne
pouvaient plus avoir de suite, puisque le personnage était mort, il
remit au destin le soin de lui fournir les explications nécessaires,
quand le jour des explications serait venu.
Pour l’instant, il n’y pensa même plus. L’existence offrait à ce
grand amoureux de la vie des sources d’intérêt constamment
renouvelées qui ne lui permettaient pas de s’attarder au passé.
Christiane allait-elle accepter l’invitation ? Christiane répondrait-elle
à son amour ? Voilà ce qui le passionnait.
Ce n’est qu’au moment le plus intense du drame inattendu
qui allait atteindre d’Orsacq, à la minute suprême de son
existence, que la clarté jaillit dans les ténèbres.
Et à cette minute-là, le drame était si terrifiant que la solution
de l’énigme ne pouvait plus influer sur l’inévitable dénouement.
Les événements qui suivent, relatifs au crime et au vol que
nous allons raconter, furent si rapides, qu’il ne s’écoula pas vingt
heures entre les péripéties initiales et le coup de théâtre qui mit
fin brusquement à l’instruction ouverte. Lorsque la nuée des
journalistes s’abattit autour du château d’Orsacq, on peut dire
que tout était terminé. Ils se heurtèrent à des grilles closes et à
des consignes de silence.
À force de recherches patientes, il nous a été possible de
reconstituer l’histoire de ces vingt heures avec assez de minutie et
de certitude pour que l’on aperçoive tous les faits essentiels, et
rien que ces faits ; et pour que l’on entende toutes les paroles qui
concoururent à la découverte de la vérité, et rien que ces paroles.
Et ainsi, cette étrange aventure, si nonchalante dans son
court, développement judiciaire, mais si ramassée dans le temps
et dans l’espace, si chargée de psychologie et si troublante par
l’explosion d’instincts ignorés, si logique par l’enchaînement des
faits et si bouleversée par les caprices du hasard, est dévoilée ici
pour la première fois, en sa simplicité et son horreur.
Ce qu’il y a de plus tragique dans la vie, ce ne sont pas les
drames qui naissent de nos seules fautes et de nos seules
passions, mais ceux auxquels le destin semble ajouter,
inutilement et méchamment, sa part inhumaine d’extravagance,
de folie et de fatalité.