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La Fileuse: Difference between revisions

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Assise, la fileuse au bleu de la croisée
Assise, la fileuse au bleu de la croisée
Où le jardin mélodieux se dodeline;
Où le jardin mélodieux se dodeline ;
Le rouet ancien qui ronfle l'a grisée.
Le rouet ancien qui ronfle l’a grisée.


Lasse, ayant bu l'azur, de filer la câline
Lasse, ayant bu l’azur, de filer la câline
Chevelure, à ses doigts si faibles évasives,
Chevelure, à ses doigts si faibles évasives,
Elle songe, et sa tête petite s'incline.
Elle songe, et sa tête petite s’incline.


Un arbuste et l'air pur font une source vive
Un arbuste et l’air pur font une source vive
Qui, suspendue au jour, délicieuse arrose
Qui, suspendue au jour, délicieuse arrose
De ses pertes de fleurs le jardin de l'oisive.
De ses pertes de fleurs le jardin de l’oisive.


Une tige, où le vent vagabond se repose,
Une tige, où le vent vagabond se repose,
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Dédiant magnifique, au vieux rouet, sa rose.
Dédiant magnifique, au vieux rouet, sa rose.


Mais la dormeuse file une laine isolée;
Mais la dormeuse file une laine isolée ;
Mystérieusement l'ombre frêle se tresse
Mystérieusement l’ombre frêle se tresse
Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.
Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.


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La chevelure ondule au gré de la caresse...
La chevelure ondule au gré de la caresse...


Derrière tant de fleurs, l'azur se dissimule,
Derrière tant de fleurs, l’azur se dissimule,
Fileuse de feuillage et de lumière ceinte :
Fileuse de feuillage et de lumière ceinte :
Tout le ciel vert se meurt. Le dernier arbre brûle.
Tout le ciel vert se meurt. Le dernier arbre brûle.


Ta soeur, la grande rose où sourit une sainte,
Ta sœur, la grande rose où sourit une sainte,
Parfume ton front vague au vent de son haleine
Parfume ton front vague au vent de son haleine
Innocente, et tu crois languir... Tu es éteinte
Innocente, et tu crois languir... Tu es éteinte

Revision as of 12:03, 7 March 2008


Album de vers anciens — Paul Valéry

La Fileuse
La Fileuse



Assise, la fileuse au bleu de la croisée
Où le jardin mélodieux se dodeline ;
Le rouet ancien qui ronfle l’a grisée.

Lasse, ayant bu l’azur, de filer la câline
Chevelure, à ses doigts si faibles évasives,
Elle songe, et sa tête petite s’incline.

Un arbuste et l’air pur font une source vive
Qui, suspendue au jour, délicieuse arrose
De ses pertes de fleurs le jardin de l’oisive.

Une tige, où le vent vagabond se repose,
Courbe le salut vain de sa grâce étoilée,
Dédiant magnifique, au vieux rouet, sa rose.

Mais la dormeuse file une laine isolée ;
Mystérieusement l’ombre frêle se tresse
Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.

Le songe se dévide avec une paresse
Angélique, et sans cesse, au doux fuseau crédule,
La chevelure ondule au gré de la caresse...

Derrière tant de fleurs, l’azur se dissimule,
Fileuse de feuillage et de lumière ceinte :
Tout le ciel vert se meurt. Le dernier arbre brûle.

Ta sœur, la grande rose où sourit une sainte,
Parfume ton front vague au vent de son haleine
Innocente, et tu crois languir... Tu es éteinte

Au bleu de la croisée où tu filais la laine.