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Calixto: Difference between revisions
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<div class="verse"> | <div class="verse"> | ||
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À S’ENDORMIR À LA LÉGÈRE, | |||
AU BRUIT DES SOURCES, SOUS LE CIEL, | AU BRUIT DES SOURCES, SOUS LE CIEL, | ||
RÊVANT AU RYTHME PLANÉTAIRE, | RÊVANT AU RYTHME PLANÉTAIRE, | ||
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ET SI JAMAIS RÊVE AU RÉEL | ET SI JAMAIS RÊVE AU RÉEL | ||
RÉVÉLA SECRET OU MYSTÈRE | RÉVÉLA SECRET OU MYSTÈRE | ||
C’EST EN DORMANT AU BRUIT DBS EAUX | |||
ET DU VENT FERMANT SES CISEAUX. | ET DU VENT FERMANT SES CISEAUX. | ||
À S’ENDORMIR À LA LÉGÈRE, | |||
SUR LA TERRE, DANS QUEL FOUILLIS, | SUR LA TERRE, DANS QUEL FOUILLIS, | ||
TERRIENS, SOMBREZ-VOUS ? LA FOUGÈRE | TERRIENS, SOMBREZ-VOUS ? LA FOUGÈRE | ||
S’ÉCROULE EN PANIERS DE LINGÈRE | |||
DANS UNE ARMOIRE DE TAILLIS | DANS UNE ARMOIRE DE TAILLIS | ||
BRODÉS DE SOIE OÙ | BRODÉS DE SOIE OÙ S’EXAGÈRE | ||
LA LUMIÈRE, HORS DU MANTEAU, | LA LUMIÈRE, HORS DU MANTEAU, | ||
DE TA CHAIR, NYMPHE CALIXTO. | DE TA CHAIR, NYMPHE CALIXTO. | ||
| Line 30: | Line 30: | ||
Du clair de jour et nous éclaire | Du clair de jour et nous éclaire | ||
Tard ou, suivant la saison, tôt. | Tard ou, suivant la saison, tôt. | ||
Mais | Mais qu’importe si l’on préfère, | ||
Jailli du manteau de ta chair, | Jailli du manteau de ta chair, | ||
Ton | Ton cœur lui-même sombre et clair. | ||
Que | Que l’éclair sombre sur les rives | ||
Où ta chair décline un couchant | Où ta chair décline un couchant | ||
Érotique au ciel où | Érotique au ciel où s’inscrivent | ||
Nord, Sud, Est, Ouest et leurs dérives | Nord, Sud, Est, Ouest et leurs dérives | ||
Et les ourses qui dans ce champ | Et les ourses qui dans ce champ | ||
| Line 43: | Line 43: | ||
Et boire aux rêves les sueurs. | Et boire aux rêves les sueurs. | ||
où les robes | où les robes s’écroulent, | ||
Où les cuisses, le ventre rond, | Où les cuisses, le ventre rond, | ||
Un sourire sous la cagoule, | Un sourire sous la cagoule, | ||
Les hanches, la croupe qui roule | Les hanches, la croupe qui roule | ||
Vigne promise au vigneron, | Vigne promise au vigneron, | ||
Au bain de la nuit qui | Au bain de la nuit qui s’écoule | ||
S’abandonnent dans les baisers | |||
Et | Et s’irritent pour s’apaiser. | ||
Avec des femmes que | Avec des femmes que j’ignore, | ||
Ô mes amis | Ô mes amis d’Outre-Océan, | ||
Sous un plafond de météores | Sous un plafond de météores | ||
Vous déterrez la mandragore. | Vous déterrez la mandragore. | ||
| Line 62: | Line 62: | ||
Que ton chariot, avec ses roues, | Que ton chariot, avec ses roues, | ||
Ne puisse franchir | Ne puisse franchir l’horizon, | ||
Ou | Ou qu’Artémis, le vent en proue, | ||
Te rencontre en ourse garoue | Te rencontre en ourse garoue | ||
Et | Et t’ajoute à ses venaisons, | ||
Que ton sang colore la boue | Que ton sang colore la boue | ||
Avec celui, ô libation, | Avec celui, ô libation, | ||
| Line 74: | Line 74: | ||
Ou de glace ou sentant la terre. | Ou de glace ou sentant la terre. | ||
Sur les étreintes adultères, | Sur les étreintes adultères, | ||
Sur | Sur l’équivoque et sur le jeu | ||
Dessinant ton quadrilatère, | Dessinant ton quadrilatère, | ||
Tu es froide comme le Nord, | Tu es froide comme le Nord, | ||
| Line 81: | Line 81: | ||
Depuis longtemps tu fais la bête | Depuis longtemps tu fais la bête | ||
Mais la belle est sous le manteau, | Mais la belle est sous le manteau, | ||
Ainsi dans le poisson | Ainsi dans le poisson l’arête, | ||
Ainsi sous ta chair le squelette | Ainsi sous ta chair le squelette | ||
Sur quoi se brise le couteau, | Sur quoi se brise le couteau, | ||
Ainsi la pensée en ta tête, | Ainsi la pensée en ta tête, | ||
Le souvenir, le | Le souvenir, le vœu, l’espoir | ||
La lumière pour mieux voir. | La lumière pour mieux voir. | ||
| Line 91: | Line 91: | ||
Se dissimulent maints secrets. | Se dissimulent maints secrets. | ||
La toute belle en ses bagages | La toute belle en ses bagages | ||
Cache | Cache l’étoile aux bons présages | ||
Et le prisonnier aux aguets, | Et le prisonnier aux aguets, | ||
Rêve de belle et de voyages | Rêve de belle et de voyages | ||
| Line 98: | Line 98: | ||
Au rif sans qui les châsses | Au rif sans qui les châsses | ||
N’auraient plus que dalle à bigler | |||
Et seraient creuses comme un glasse | Et seraient creuses comme un glasse | ||
Lorsque le siffleur en a clâsse, | Lorsque le siffleur en a clâsse, | ||
| Line 106: | Line 106: | ||
Pour cronir ceux qui sont ladé. | Pour cronir ceux qui sont ladé. | ||
À la tardé, dans le silence, | |||
Amis, pallas | Amis, pallas d’esgourder | ||
À la source, bonir la lance. | |||
À la tardé, pourtant méfiance | |||
Car elle peut tout inonder | Car elle peut tout inonder | ||
Tout estourbir dans sa violence. | Tout estourbir dans sa violence. | ||
| Line 116: | Line 116: | ||
Pour escoffier ces yeux de bronze, | Pour escoffier ces yeux de bronze, | ||
Que | Que l’air se frime en pur cambouis | ||
Avant prennent le train onze. | Avant prennent le train onze. | ||
Et | Et qu’il les sale et les déronce, | ||
Les entubant ribouis, | Les entubant ribouis, | ||
Jusqu’au battant, engonces ! | |||
Qu’il soit bléchard et débridé | |||
Pour pourrir ceux qui sont ladé. | Pour pourrir ceux qui sont ladé. | ||
| Line 127: | Line 127: | ||
Qui pavoise et fait son persil, | Qui pavoise et fait son persil, | ||
Lorsque la moulana bagotte | Lorsque la moulana bagotte | ||
À fond de baba sur les mottes, | |||
Que son bide en soit bien farci, | Que son bide en soit bien farci, | ||
Et que jamais ils déhottent. | Et que jamais ils déhottent. | ||
Qu’elle soit un Bagneux fadé | |||
Pour saper ceux qui sont ladé ! | Pour saper ceux qui sont ladé ! | ||
| Line 140: | Line 140: | ||
Tant ils auront la loussefroque | Tant ils auront la loussefroque | ||
De voir les largues en pétard | De voir les largues en pétard | ||
À labactem les passer dar. | |||
Notre sorgue à nous sera douce, | Notre sorgue à nous sera douce, | ||
| Line 146: | Line 146: | ||
Sans gaffer rien, même la rousse, | Sans gaffer rien, même la rousse, | ||
Nous pioncerons plus pouce. | Nous pioncerons plus pouce. | ||
Même | Même n’ayant monaco | ||
Nous le piccolerons sans frousse | Nous le piccolerons sans frousse | ||
Tandis que les vers de sapin | Tandis que les vers de sapin | ||
| Line 161: | Line 161: | ||
Mais toi Calixto la grande ourse | Mais toi Calixto la grande ourse | ||
N’aurais-tu pas largué ton bled ? | |||
Icicaille à tes grandes ourses, | Icicaille à tes grandes ourses, | ||
Le raisiné cascade à sources | Le raisiné cascade à sources | ||
Rien | Rien n’est plus droit, tout est en Z. | ||
Comme des faisans à la Bourse, | Comme des faisans à la Bourse, | ||
Les demi-sels se croient des mecs. | Les demi-sels se croient des mecs. | ||
Mektoub ! un jour ils | Mektoub ! un jour ils l’auront sec. | ||
Car le trèpe est toujours le trèpe, | Car le trèpe est toujours le trèpe, | ||
| Line 174: | Line 174: | ||
Visant leur mesure de crêpe | Visant leur mesure de crêpe | ||
Pour le jour de la Saint-Bâton. | Pour le jour de la Saint-Bâton. | ||
Elle | Elle n’est pas folle la guêpe | ||
Qui, dans la noye, ô Calixto | Qui, dans la noye, ô Calixto | ||
Entrave ce jour pour bientôt. | Entrave ce jour pour bientôt. | ||
| Line 180: | Line 180: | ||
Les clignotantes dans la sorgue | Les clignotantes dans la sorgue | ||
En attendant font leur tapin, | En attendant font leur tapin, | ||
Le bourguignon fait ronfler | Le bourguignon fait ronfler l’orgue | ||
Pendant que se bourre la morgue, | Pendant que se bourre la morgue, | ||
Le piaf des bois gouale aux lapins | Le piaf des bois gouale aux lapins | ||
| Line 189: | Line 189: | ||
Dans | Dans l’allée où la nuit s’épaissit sous les chênes | ||
Le pas lent cheval retentit et, parfois | Le pas lent cheval retentit et, parfois | ||
S’attarde. Un son de cor s’efface dans la plaine | |||
Et les arbres jumeaux grincent de tous leur bois | Et les arbres jumeaux grincent de tous leur bois | ||
Comme le brodequin | Comme le brodequin qu’aux mises en géhenne | ||
On serrait sur le pied captif aux abois. | On serrait sur le pied captif aux abois. | ||
Chambre ardente, réveils quand les hommes de peine | Chambre ardente, réveils quand les hommes de peine | ||
Chargent douze fusils pour outrager les lois. | Chargent douze fusils pour outrager les lois. | ||
Dans | Dans l’allée, à travers les feuilles de Septembre, | ||
Je vois briller des | Je vois briller des nœuds d’étoiles à tes membres | ||
Comme des feux de quart sur le pont des bateaux. | Comme des feux de quart sur le pont des bateaux. | ||
J’entends chanter un chant de meurtre et de torture | |||
Par la coque et la barre et le bruit des mâtures | Par la coque et la barre et le bruit des mâtures | ||
Imite un brodequin faisant craquer des os. | Imite un brodequin faisant craquer des os. | ||
| Line 216: | Line 216: | ||
Tout est silence alors. La nébuleuse fume | Tout est silence alors. La nébuleuse fume | ||
Au trépied destin convoité par la peur, | Au trépied destin convoité par la peur, | ||
Le feu danse et, déjà, le marteau sur | Le feu danse et, déjà, le marteau sur l’enclume | ||
Attend le forgeron pour le dernier labeur. | Attend le forgeron pour le dernier labeur. | ||
Un milliard | Un milliard d’êtres souhaitaient voir ce spectacle | ||
Et voici la nuit, où les constellations | Et voici la nuit, où les constellations | ||
Se rangent sans erreur en forme de pentacles, | Se rangent sans erreur en forme de pentacles, | ||
Tout | Tout s’accomplit tandis que tout dort, homme ou femme; | ||
Ah ! que le jour se lève à la fin de de l’action | Ah ! que le jour se lève à la fin de de l’action | ||
Et je leur montrerai les vestiges du drame. | Et je leur montrerai les vestiges du drame. | ||
| Line 229: | Line 229: | ||
L’aube à la fin s’enfuit cruche brisée | |||
Quand tu trébuches, Calixto, et ta lanterne | Quand tu trébuches, Calixto, et ta lanterne | ||
Change et le paysage, avec lui-même, alterne | Change et le paysage, avec lui-même, alterne | ||
| Line 237: | Line 237: | ||
Sont roulés et polis et tes yeux dans leur cerne | Sont roulés et polis et tes yeux dans leur cerne | ||
Sombrent à fond de larme et ton regard en berne | Sombrent à fond de larme et ton regard en berne | ||
N’atteint plus ton reflet sur la mer apaisée. | |||
Ourse, rejoins, une tanière obscure | Ourse, rejoins, une tanière obscure | ||
À force de soleil et, courbant l’encolure, | |||
Continue, invisible, à marcher par les airs. | Continue, invisible, à marcher par les airs. | ||
On entendra pourtant tes râles et tes plaintes | On entendra pourtant tes râles et tes plaintes | ||
Dans la vie où | Dans la vie où s’embrouille un fil de labyrinthe : | ||
Écoutez Calixto rugir dans son désert. | Écoutez Calixto rugir dans son désert. | ||
| Line 250: | Line 250: | ||
Que fureur soit ton cri ! Les laves et les neiges | Que fureur soit ton cri ! Les laves et les neiges | ||
Se mêlent dans ce | Se mêlent dans ce cœur vomissant les rayons, | ||
Les dents mordant la langue et tranchant le bâillon | Les dents mordant la langue et tranchant le bâillon | ||
Plus dures | Plus dures qu’à ta chair les mâchoires du piège. | ||
Et tournant et ruant autour de ton manège, | Et tournant et ruant autour de ton manège, | ||
Soleil | Soleil d’algèbre et son moyeu de tourbillons | ||
Et tire et brise et scelle un à un les maillons | Et tire et brise et scelle un à un les maillons | ||
D’une chaîne enserrant les membres du cortège. | |||
Râle, à quoi bon les cris, la bave et le salpêtre | Râle, à quoi bon les cris, la bave et le salpêtre | ||
| Line 263: | Line 263: | ||
Tu, vous, les autres, nous, clames, clamez, clamons, | Tu, vous, les autres, nous, clames, clamez, clamons, | ||
Trois serpents plein la gueule et | Trois serpents plein la gueule et l’averse d’ordure | ||
Qui tombe sur tes yeux et dans ta chevelure. | Qui tombe sur tes yeux et dans ta chevelure. | ||
Le jour qui | Le jour qui t’effaça disperse les démons. | ||
Cesse, ô Calixto, de crier ciel, ce ciel, est ton exil | Cesse, ô Calixto, de crier ciel, ce ciel, est ton exil | ||
Loin de | Loin de l’amant olympien, celui qui ouvrit ta tunique. | ||
(Car tu en as fait de belles sur terre aux jours de ton avril | (Car tu en as fait de belles sur terre aux jours de ton avril | ||
Avant de sentir dans ta chair, non la chair, mais la flèche antique) | Avant de sentir dans ta chair, non la chair, mais la flèche antique) | ||
Un pape ou deux, à | Un pape ou deux, à l’opposé, au dernier jour de la semaine, | ||
Cherchent au fond des catacombes le chemin de ton domaine. | Cherchent au fond des catacombes le chemin de ton domaine. | ||
La belle engeance de tomber dans des abîmes de ténèbres | La belle engeance de tomber dans des abîmes de ténèbres | ||
Que le vin, lui-même banni, ne peut briser à coups de trique. | Que le vin, lui-même banni, ne peut briser à coups de trique. | ||
Bel avantage ! renoncer à | Bel avantage ! renoncer à l’ivresse de ton algèbre | ||
Si on ne la retrouve, ô Calixto, dans le fond des barriques. | Si on ne la retrouve, ô Calixto, dans le fond des barriques. | ||
Ah ! que le destin nous préserve toujours du pain sans levain, | Ah ! que le destin nous préserve toujours du pain sans levain, | ||
| Line 288: | Line 288: | ||
Et cependant la mort ainsi ne sera que nuit et silence. | Et cependant la mort ainsi ne sera que nuit et silence. | ||
Le système du monde et la morale ont chacun leur ornière, | Le système du monde et la morale ont chacun leur ornière, | ||
Crimes ou vertus, rien | Crimes ou vertus, rien d’humain ne change ton itinéraire. | ||
N’attendre rien ni châtiment, ni récompense ici ou là | |||
Et que ce là, soit haut ou bas, ait la vertu de plumer les ailes | Et que ce là, soit haut ou bas, ait la vertu de plumer les ailes | ||
Afin de retrouver, sous son travesti | Afin de retrouver, sous son travesti d’ange à falbalas, | ||
Avec la volupté, sa chair et son sourire de femelle | Avec la volupté, sa chair et son sourire de femelle | ||
Et la liberté sans laquelle il a pas de vertu qui tienne. | Et la liberté sans laquelle il a pas de vertu qui tienne. | ||
Mais, Calixto, tout cela | Mais, Calixto, tout cela n’appartient qu’à la raison humaine. | ||
Et est une cause au tourbillon | Et est une cause au tourbillon d’étoiles et d’atomes | ||
Éparpillés dans ce que nous savons récent univers, | Éparpillés dans ce que nous savons récent univers, | ||
Cause peut-être morte, ensevelie au fond de tant de psaumes, | Cause peut-être morte, ensevelie au fond de tant de psaumes, | ||
Ressemble-t-elle à notre image ? a-t-elle aussi squelette et chair, | Ressemble-t-elle à notre image ? a-t-elle aussi squelette et chair, | ||
Non, sans doute mais, si elle est, elle est indifférente à nous, | Non, sans doute mais, si elle est, elle est indifférente à nous, | ||
À nos vertus et à nos lois. Époussetez donc vos genoux ! | |||
Captive paysage en perpétuelle dégradation | Captive paysage en perpétuelle dégradation | ||
au chant des oiseaux, au chant des moissons et des fontaines | au chant des oiseaux, au chant des moissons et des fontaines | ||
Que se tisse autour de ton corps cette robe de permission | Que se tisse autour de ton corps cette robe de permission | ||
Qui | Qui t’habille à minuit et qui sonne et tinte comme des chaînes | ||
Froide comme le nord, chaude comme la mort, longue comme elle, | Froide comme le nord, chaude comme la mort, longue comme elle, | ||
Que nous dégrafons, Calixto, dans un rêve au tien parallèle. | Que nous dégrafons, Calixto, dans un rêve au tien parallèle. | ||
| Line 313: | Line 313: | ||
Et nous-mêmes, captifs de ce même univers et de sa chute, | Et nous-mêmes, captifs de ce même univers et de sa chute, | ||
Même à sourire, condamnés, de tout ce que nous ignorons, | Même à sourire, condamnés, de tout ce que nous ignorons, | ||
Nous sourirons à | Nous sourirons à l’ange avec lequel nous entamons la lutte, | ||
Ange fantôme, ange illusoire, ange menteur et fanfaron | Ange fantôme, ange illusoire, ange menteur et fanfaron | ||
Qui, sans doute, vaincra mais qui ne connaîtra pas le laurier | Qui, sans doute, vaincra mais qui ne connaîtra pas le laurier | ||
Tant une minute de vie a triomphé du meurtrier. | Tant une minute de vie a triomphé du meurtrier. | ||
Qu’il soit donc le cadavre bête, à la main gardant le couteau | |||
Sur quoi la rouille, avec le sang, compose un visage et son masque, | Sur quoi la rouille, avec le sang, compose un visage et son masque, | ||
Le sphinx à tête | Le sphinx à tête d’âne et muet, abandonné sur un coteau, | ||
Carcasse épouvantail qui | Carcasse épouvantail qui s’incline dans la bourrasque. | ||
touchez pas, les vers eux seuls lui donnent vie et feu et cendre; | touchez pas, les vers eux seuls lui donnent vie et feu et cendre; | ||
Il ne | Il ne s’anime que si nous tentons, contre eux, de le défendre. | ||
Surtout taisez-vous ! Lui parler serait bêtise et temps perdu | Surtout taisez-vous ! Lui parler serait bêtise et temps perdu | ||
Mais, dans pleine de son pied dans la terre molle, | Mais, dans pleine de son pied dans la terre molle, | ||
Par ton image, Calixto, comme un | Par ton image, Calixto, comme un œil le ciel est fendu. | ||
L’oiseau vient boire à la fois l’ombre et la lumière en sa corolle, | |||
Le dernier relent des charniers le vent | Le dernier relent des charniers le vent l’emporte et le disperse, | ||
Le sol palpite comme un ventre et pressent la prochaine averse. | Le sol palpite comme un ventre et pressent la prochaine averse. | ||
Tu viens au labyrinthe où les ombres | Tu viens au labyrinthe où les ombres s’égarent | ||
Graver sur les parois la frise passé | Graver sur les parois la frise passé | ||
Où la vie et le rêve et | Où la vie et le rêve et l’oubli, espacés | ||
Par les nuits, revivront en symboles bizarres. | Par les nuits, revivront en symboles bizarres. | ||
| Line 349: | Line 349: | ||
Je viens au labyrinthe oublier mes cinq sens. | Je viens au labyrinthe oublier mes cinq sens. | ||
J’ai choisi le courant sans en choisir le | |||
La fanfare avant que je | La fanfare avant que je l’entende. | ||
Sur le bord de | Sur le bord de l’abîme où tu vas disparaître, | ||
Contemple encore la rose, écoute la chanson | Contemple encore la rose, écoute la chanson | ||
Qu’autrefois tu chantais au seuil de ta maison | |||
Vis encore un instant consenti à ton être. | Vis encore un instant consenti à ton être. | ||
Et puis tu rejoindras dans | Et puis tu rejoindras dans l’oubli tes ancêtres, | ||
Ô passante ! Et passée avec tant de saisons | Ô passante ! Et passée avec tant de saisons | ||
Tu te perdras dans la planète et ses moissons. | Tu te perdras dans la planète et ses moissons. | ||
| Line 368: | Line 368: | ||
Du jour au bord fleuve où tu te désappris. | Du jour au bord fleuve où tu te désappris. | ||
La matière est, en toi, consciente | La matière est, en toi, consciente d’elle-même, | ||
Au loin | Au loin l’écho se tait qui répétait « je t’aime » | ||
Et le pur mouvement | Et le pur mouvement n’émeut plus nul esprit. | ||
Abandonnons à toi, rivière, | Abandonnons à toi, rivière, | ||
De nous, | De nous, l’infidèle reflet | ||
Que tu laves, que tu lacères, | Que tu laves, que tu lacères, | ||
À qui tu restes étrangère | |||
Et que tu laisses aux galets. | Et que tu laisses aux galets. | ||
À s’endormir à la légère, | |||
Nous rejoindrons ce faux portrait | Nous rejoindrons ce faux portrait | ||
Qui nous ressemble trait pour trait. | Qui nous ressemble trait pour trait. | ||
| Line 390: | Line 390: | ||
Éteint les torches aux pylônes | Éteint les torches aux pylônes | ||
Pour mieux attirer Don Juan | Pour mieux attirer Don Juan | ||
À l’aisselle du confluent. | |||
Car cette nuit est nuit de noces. | Car cette nuit est nuit de noces. | ||
| Line 397: | Line 397: | ||
Et des aboiements de molosses | Et des aboiements de molosses | ||
Au fond des bois et des ravins. | Au fond des bois et des ravins. | ||
L’or qui tintait pour le négoce | |||
Met le reflet des chandeliers | Met le reflet des chandeliers | ||
Au cou des femmes, en colliers. | Au cou des femmes, en colliers. | ||
Un couple, sous le ciel, | Un couple, sous le ciel, s’épouse. | ||
Bien loin, dans un lieu très secret, | Bien loin, dans un lieu très secret, | ||
Des violons, sur les pelouses, | Des violons, sur les pelouses, | ||
| Line 407: | Line 407: | ||
Et chacun boit, mais nul ne sait | Et chacun boit, mais nul ne sait | ||
Pour qui les heures de nuit cousent | Pour qui les heures de nuit cousent | ||
Un trousseau de fièvre et | Un trousseau de fièvre et d’amour | ||
Et le linceul du petit jour. | Et le linceul du petit jour. | ||
| Line 414: | Line 414: | ||
On dit grand mystère, à minuit, près source | On dit grand mystère, à minuit, près source | ||
Un jeune homme de pleines vertus | Un jeune homme de pleines vertus | ||
Va dévêtir une jeune fille dont la grâce et la pudeur égalent | Va dévêtir une jeune fille dont la grâce et la pudeur égalent l’ardeur de volupté; | ||
On dit couple, au matin, sera réveillé | On dit couple, au matin, sera réveillé | ||
Par | Par l’odeur de la forêt et le chant des oiseaux; | ||
On dit vivront longuement une inaltérable jeunesse. | On dit vivront longuement une inaltérable jeunesse. | ||
On dit seront le couple parfait, | On dit seront le couple parfait, | ||
Que la femme enfantera, dans la joie, des enfants à leur image, | Que la femme enfantera, dans la joie, des enfants à leur image, | ||
On dit que leur bonheur ne cédera pas à | On dit que leur bonheur ne cédera pas à l’ennui, ni leur désir à la lassitude, | ||
On dit aurait voulu naître tel père et telle mère | On dit aurait voulu naître tel père et telle mère | ||
Et vivre les années qui suivront cette noce, | Et vivre les années qui suivront cette noce, | ||
On dit, mais on | On dit, mais on n’est pas certain, ont, à l’instant, échangé leur premier baiser. | ||
On dit, et de cela on est sûr, sont les enfants de la terre | On dit, et de cela on est sûr, sont les enfants de la terre | ||
Que leurs vertus, leurs pensées et leurs désirs ignorent tout ce qui | Que leurs vertus, leurs pensées et leurs désirs ignorent tout ce qui n’est pas la terre, | ||
Qu’ils goûteront sans danger à tous les fruits. | |||
Et, toi, Calixto, étoile de la terre, à peine visible dans la lumière, | Et, toi, Calixto, étoile de la terre, à peine visible dans la lumière, | ||
Tu continues à servir de repère sur notre route certaine vers un but lointain. | Tu continues à servir de repère sur notre route certaine vers un but lointain. | ||
Mais le regard que nous portons sur toi | Mais le regard que nous portons sur toi s’envole et rompt le fil qui devrait t’attacher à nous et nous à toi. | ||
| Line 439: | Line 439: | ||
La der des noyes, malabare, | La der des noyes, malabare, | ||
Remet du noir et plus que mare | Remet du noir et plus que mare | ||
Nous corne | Nous corne qu’il faut dégauchir. | ||
Minute ! à la dernière gare | Minute ! à la dernière gare | ||
Le dur attendra mézigo : | Le dur attendra mézigo : | ||
Signé « Canrobert » ou « Gigot ». | Signé « Canrobert » ou « Gigot ». | ||
À revivre tous les naufrages | |||
Pour en être sauvé toujours | Pour en être sauvé toujours | ||
Par la vague même et | Par la vague même et l’orage, | ||
Tel atteignit un paysage | Tel atteignit un paysage | ||
Au-delà des nuits et des jours. | Au-delà des nuits et des jours. | ||
C’était le domaine des sages, | |||
Il en donna la clé aux fous | Il en donna la clé aux fous | ||
Pour chercher un lieu sans verrous. | Pour chercher un lieu sans verrous. | ||
À s’endormir à la légère, | |||
Ô lumière, ô Calixto, | Ô lumière, ô Calixto, | ||
Il prit la route buissonnière | Il prit la route buissonnière | ||
Vers un réveil qui le libère | Vers un réveil qui le libère | ||
Autant des ports que des bateaux. | Autant des ports que des bateaux. | ||
À s’endormir à la légère, | |||
En retrouvant la pesanteur | En retrouvant la pesanteur | ||
Il retrouva son créateur, | Il retrouva son créateur, | ||
À s’endormir à la légère : | |||
La terre et, seulement, la terre... | La terre et, seulement, la terre... | ||
</poem> | </poem> | ||
Revision as of 18:03, 21 December 2007
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À S’ENDORMIR À LA LÉGÈRE,
AU BRUIT DES SOURCES, SOUS LE CIEL,
RÊVANT AU RYTHME PLANÉTAIRE,
ON PLONGE, GISANT, DANS LA TERRE
ET SI JAMAIS RÊVE AU RÉEL
RÉVÉLA SECRET OU MYSTÈRE
C’EST EN DORMANT AU BRUIT DBS EAUX
ET DU VENT FERMANT SES CISEAUX.
À S’ENDORMIR À LA LÉGÈRE,
SUR LA TERRE, DANS QUEL FOUILLIS,
TERRIENS, SOMBREZ-VOUS ? LA FOUGÈRE
S’ÉCROULE EN PANIERS DE LINGÈRE
DANS UNE ARMOIRE DE TAILLIS
BRODÉS DE SOIE OÙ S’EXAGÈRE
LA LUMIÈRE, HORS DU MANTEAU,
DE TA CHAIR, NYMPHE CALIXTO.
Hors du manteau, la lumière
De ta chair, nymphe Calixto,
En pleine étoile se libère
Du clair de jour et nous éclaire
Tard ou, suivant la saison, tôt.
Mais qu’importe si l’on préfère,
Jailli du manteau de ta chair,
Ton cœur lui-même sombre et clair.
Que l’éclair sombre sur les rives
Où ta chair décline un couchant
Érotique au ciel où s’inscrivent
Nord, Sud, Est, Ouest et leurs dérives
Et les ourses qui dans ce champ
Vont brouter des herbes cursives,
Aurores, nuages, lueurs
Et boire aux rêves les sueurs.
où les robes s’écroulent,
Où les cuisses, le ventre rond,
Un sourire sous la cagoule,
Les hanches, la croupe qui roule
Vigne promise au vigneron,
Au bain de la nuit qui s’écoule
S’abandonnent dans les baisers
Et s’irritent pour s’apaiser.
Avec des femmes que j’ignore,
Ô mes amis d’Outre-Océan,
Sous un plafond de météores
Vous déterrez la mandragore.
Je suis toujours du même clan,
Je guette au même sémaphore,
Nymphe prétexte, Calixto,
Le prochain signal de morte-eau.
Que ton chariot, avec ses roues,
Ne puisse franchir l’horizon,
Ou qu’Artémis, le vent en proue,
Te rencontre en ourse garoue
Et t’ajoute à ses venaisons,
Que ton sang colore la boue
Avec celui, ô libation,
Du fruit de ta parturition
Au ciel des couches solitaires
Enfantant des rêves de feu
Ou de glace ou sentant la terre.
Sur les étreintes adultères,
Sur l’équivoque et sur le jeu
Dessinant ton quadrilatère,
Tu es froide comme le Nord,
Nymphe en peine, vaisseau sans port.
Depuis longtemps tu fais la bête
Mais la belle est sous le manteau,
Ainsi dans le poisson l’arête,
Ainsi sous ta chair le squelette
Sur quoi se brise le couteau,
Ainsi la pensée en ta tête,
Le souvenir, le vœu, l’espoir
La lumière pour mieux voir.
Et de même sous le langage
Se dissimulent maints secrets.
La toute belle en ses bagages
Cache l’étoile aux bons présages
Et le prisonnier aux aguets,
Rêve de belle et de voyages
Comme aux jours de la nef Argo
Dont les marins parlaient argot.
Au rif sans qui les châsses
N’auraient plus que dalle à bigler
Et seraient creuses comme un glasse
Lorsque le siffleur en a clâsse,
Au rif la bonne clé
Ouvrant les lourdes pour la câsse,
Au rif donnons condé
Pour cronir ceux qui sont ladé.
À la tardé, dans le silence,
Amis, pallas d’esgourder
À la source, bonir la lance.
À la tardé, pourtant méfiance
Car elle peut tout inonder
Tout estourbir dans sa violence.
Ah ! Que la lance à la tardé
Maccabe ceux qui sont ladé.
Pour escoffier ces yeux de bronze,
Que l’air se frime en pur cambouis
Avant prennent le train onze.
Et qu’il les sale et les déronce,
Les entubant ribouis,
Jusqu’au battant, engonces !
Qu’il soit bléchard et débridé
Pour pourrir ceux qui sont ladé.
Quant au bouzin, quant à la crotte
Qui pavoise et fait son persil,
Lorsque la moulana bagotte
À fond de baba sur les mottes,
Que son bide en soit bien farci,
Et que jamais ils déhottent.
Qu’elle soit un Bagneux fadé
Pour saper ceux qui sont ladé !
La grande borgne est loucedoque !
encor marre pour leur blot
Lorsque, mettant les loucepoques,
Ils chialeront la lousseroque
De les assister au pajot
Tant ils auront la loussefroque
De voir les largues en pétard
À labactem les passer dar.
Notre sorgue à nous sera douce,
Toute au béguin, toute aux bécots.
Sans gaffer rien, même la rousse,
Nous pioncerons plus pouce.
Même n’ayant monaco
Nous le piccolerons sans frousse
Tandis que les vers de sapin
Leur boufferont châsses et tarin.
Mais plus vif que rif, air, bouzin, lance
Feront les pognes des butteurs
Pour liquider la connivence
Et le sapement en instance.
le boniment des lutteurs
Le cri des piafs, le jour de danse
Le coup de bambou au château,
du billard, du gâteau.
Mais toi Calixto la grande ourse
N’aurais-tu pas largué ton bled ?
Icicaille à tes grandes ourses,
Le raisiné cascade à sources
Rien n’est plus droit, tout est en Z.
Comme des faisans à la Bourse,
Les demi-sels se croient des mecs.
Mektoub ! un jour ils l’auront sec.
Car le trèpe est toujours le trèpe,
Il la boucle et prend ses biftons
Pour régler leur compte à ces crèpes,
Visant leur mesure de crêpe
Pour le jour de la Saint-Bâton.
Elle n’est pas folle la guêpe
Qui, dans la noye, ô Calixto
Entrave ce jour pour bientôt.
Les clignotantes dans la sorgue
En attendant font leur tapin,
Le bourguignon fait ronfler l’orgue
Pendant que se bourre la morgue,
Le piaf des bois gouale aux lapins
Et le piscaille à pleines forgues
Ripe en fusant dans les coinstos
Où le flot frise et fait château.
Dans l’allée où la nuit s’épaissit sous les chênes
Le pas lent cheval retentit et, parfois
S’attarde. Un son de cor s’efface dans la plaine
Et les arbres jumeaux grincent de tous leur bois
Comme le brodequin qu’aux mises en géhenne
On serrait sur le pied captif aux abois.
Chambre ardente, réveils quand les hommes de peine
Chargent douze fusils pour outrager les lois.
Dans l’allée, à travers les feuilles de Septembre,
Je vois briller des nœuds d’étoiles à tes membres
Comme des feux de quart sur le pont des bateaux.
J’entends chanter un chant de meurtre et de torture
Par la coque et la barre et le bruit des mâtures
Imite un brodequin faisant craquer des os.
Par les arbres brisée en ténébreuse écume
La nuit connaît une agonie et sa fureur
Se transforme en cyclone où la flamme s’allume
D’où le vent est absent, où le calme est terreur.
Tout est silence alors. La nébuleuse fume
Au trépied destin convoité par la peur,
Le feu danse et, déjà, le marteau sur l’enclume
Attend le forgeron pour le dernier labeur.
Un milliard d’êtres souhaitaient voir ce spectacle
Et voici la nuit, où les constellations
Se rangent sans erreur en forme de pentacles,
Tout s’accomplit tandis que tout dort, homme ou femme;
Ah ! que le jour se lève à la fin de de l’action
Et je leur montrerai les vestiges du drame.
L’aube à la fin s’enfuit cruche brisée
Quand tu trébuches, Calixto, et ta lanterne
Change et le paysage, avec lui-même, alterne
Révélant des tessons sur la terre baisée.
Tes baisers Calixto dans la vague alizée
Sont roulés et polis et tes yeux dans leur cerne
Sombrent à fond de larme et ton regard en berne
N’atteint plus ton reflet sur la mer apaisée.
Ourse, rejoins, une tanière obscure
À force de soleil et, courbant l’encolure,
Continue, invisible, à marcher par les airs.
On entendra pourtant tes râles et tes plaintes
Dans la vie où s’embrouille un fil de labyrinthe :
Écoutez Calixto rugir dans son désert.
Que fureur soit ton cri ! Les laves et les neiges
Se mêlent dans ce cœur vomissant les rayons,
Les dents mordant la langue et tranchant le bâillon
Plus dures qu’à ta chair les mâchoires du piège.
Et tournant et ruant autour de ton manège,
Soleil d’algèbre et son moyeu de tourbillons
Et tire et brise et scelle un à un les maillons
D’une chaîne enserrant les membres du cortège.
Râle, à quoi bon les cris, la bave et le salpêtre
Un sommeil de mangeaille et de pourpre renaître
Tu, vous, les autres, nous, clames, clamez, clamons,
Trois serpents plein la gueule et l’averse d’ordure
Qui tombe sur tes yeux et dans ta chevelure.
Le jour qui t’effaça disperse les démons.
Cesse, ô Calixto, de crier ciel, ce ciel, est ton exil
Loin de l’amant olympien, celui qui ouvrit ta tunique.
(Car tu en as fait de belles sur terre aux jours de ton avril
Avant de sentir dans ta chair, non la chair, mais la flèche antique)
Un pape ou deux, à l’opposé, au dernier jour de la semaine,
Cherchent au fond des catacombes le chemin de ton domaine.
La belle engeance de tomber dans des abîmes de ténèbres
Que le vin, lui-même banni, ne peut briser à coups de trique.
Bel avantage ! renoncer à l’ivresse de ton algèbre
Si on ne la retrouve, ô Calixto, dans le fond des barriques.
Ah ! que le destin nous préserve toujours du pain sans levain,
Des nuits sans rêves, des ciels sans astres et des caves sans vin.
Mais ris, ô Calixto, de celui qui espère après sa mort
Retrouver le souvenir de ses amours avec sa conscience :
Autant enterrer le cheval avec sa bride, avec son mors,
Et cependant la mort ainsi ne sera que nuit et silence.
Le système du monde et la morale ont chacun leur ornière,
Crimes ou vertus, rien d’humain ne change ton itinéraire.
N’attendre rien ni châtiment, ni récompense ici ou là
Et que ce là, soit haut ou bas, ait la vertu de plumer les ailes
Afin de retrouver, sous son travesti d’ange à falbalas,
Avec la volupté, sa chair et son sourire de femelle
Et la liberté sans laquelle il a pas de vertu qui tienne.
Mais, Calixto, tout cela n’appartient qu’à la raison humaine.
Et est une cause au tourbillon d’étoiles et d’atomes
Éparpillés dans ce que nous savons récent univers,
Cause peut-être morte, ensevelie au fond de tant de psaumes,
Ressemble-t-elle à notre image ? a-t-elle aussi squelette et chair,
Non, sans doute mais, si elle est, elle est indifférente à nous,
À nos vertus et à nos lois. Époussetez donc vos genoux !
Captive paysage en perpétuelle dégradation
au chant des oiseaux, au chant des moissons et des fontaines
Que se tisse autour de ton corps cette robe de permission
Qui t’habille à minuit et qui sonne et tinte comme des chaînes
Froide comme le nord, chaude comme la mort, longue comme elle,
Que nous dégrafons, Calixto, dans un rêve au tien parallèle.
Et nous-mêmes, captifs de ce même univers et de sa chute,
Même à sourire, condamnés, de tout ce que nous ignorons,
Nous sourirons à l’ange avec lequel nous entamons la lutte,
Ange fantôme, ange illusoire, ange menteur et fanfaron
Qui, sans doute, vaincra mais qui ne connaîtra pas le laurier
Tant une minute de vie a triomphé du meurtrier.
Qu’il soit donc le cadavre bête, à la main gardant le couteau
Sur quoi la rouille, avec le sang, compose un visage et son masque,
Le sphinx à tête d’âne et muet, abandonné sur un coteau,
Carcasse épouvantail qui s’incline dans la bourrasque.
touchez pas, les vers eux seuls lui donnent vie et feu et cendre;
Il ne s’anime que si nous tentons, contre eux, de le défendre.
Surtout taisez-vous ! Lui parler serait bêtise et temps perdu
Mais, dans pleine de son pied dans la terre molle,
Par ton image, Calixto, comme un œil le ciel est fendu.
L’oiseau vient boire à la fois l’ombre et la lumière en sa corolle,
Le dernier relent des charniers le vent l’emporte et le disperse,
Le sol palpite comme un ventre et pressent la prochaine averse.
Tu viens au labyrinthe où les ombres s’égarent
Graver sur les parois la frise passé
Où la vie et le rêve et l’oubli, espacés
Par les nuits, revivront en symboles bizarres.
Je viens au labyrinthe où, plus gros amarre,
Se noua le vieux fil avant de se casser.
Ses deux bouts sur le sol roulent sans se lasser
Tout se tait, mais je sens naître au loin la fanfare.
Tu viens au labyrinthe et, pas sans défaut,
Du seuil au seuil tu vas, tu passes sans assaut,
Ton être se dissout dans sa propre légende.
Je viens au labyrinthe oublier mes cinq sens.
J’ai choisi le courant sans en choisir le
La fanfare avant que je l’entende.
Sur le bord de l’abîme où tu vas disparaître,
Contemple encore la rose, écoute la chanson
Qu’autrefois tu chantais au seuil de ta maison
Vis encore un instant consenti à ton être.
Et puis tu rejoindras dans l’oubli tes ancêtres,
Ô passante ! Et passée avec tant de saisons
Tu te perdras dans la planète et ses moissons.
Ne va pas espérer pourtant un jour, renaître.
Une étoile filante, au fond des temps, rejoint
Maintes lueurs, maints crépuscules et maints points
Du jour au bord fleuve où tu te désappris.
La matière est, en toi, consciente d’elle-même,
Au loin l’écho se tait qui répétait « je t’aime »
Et le pur mouvement n’émeut plus nul esprit.
Abandonnons à toi, rivière,
De nous, l’infidèle reflet
Que tu laves, que tu lacères,
À qui tu restes étrangère
Et que tu laisses aux galets.
À s’endormir à la légère,
Nous rejoindrons ce faux portrait
Qui nous ressemble trait pour trait.
Baignant nos pieds, voici la Saône
Voici des ponts, voici du vent,
Voici Lyon et voici le Rhône,
Voici la lune sur son trône
Qui, dans son palais du Levant,
Éteint les torches aux pylônes
Pour mieux attirer Don Juan
À l’aisselle du confluent.
Car cette nuit est nuit de noces.
De par le monde on boit du vin,
On entend des bruits de carrosses
Et des aboiements de molosses
Au fond des bois et des ravins.
L’or qui tintait pour le négoce
Met le reflet des chandeliers
Au cou des femmes, en colliers.
Un couple, sous le ciel, s’épouse.
Bien loin, dans un lieu très secret,
Des violons, sur les pelouses,
Font pleurer des femmes jalouses
Et chacun boit, mais nul ne sait
Pour qui les heures de nuit cousent
Un trousseau de fièvre et d’amour
Et le linceul du petit jour.
On dit grand mystère, à minuit, près source
Un jeune homme de pleines vertus
Va dévêtir une jeune fille dont la grâce et la pudeur égalent l’ardeur de volupté;
On dit couple, au matin, sera réveillé
Par l’odeur de la forêt et le chant des oiseaux;
On dit vivront longuement une inaltérable jeunesse.
On dit seront le couple parfait,
Que la femme enfantera, dans la joie, des enfants à leur image,
On dit que leur bonheur ne cédera pas à l’ennui, ni leur désir à la lassitude,
On dit aurait voulu naître tel père et telle mère
Et vivre les années qui suivront cette noce,
On dit, mais on n’est pas certain, ont, à l’instant, échangé leur premier baiser.
On dit, et de cela on est sûr, sont les enfants de la terre
Que leurs vertus, leurs pensées et leurs désirs ignorent tout ce qui n’est pas la terre,
Qu’ils goûteront sans danger à tous les fruits.
Et, toi, Calixto, étoile de la terre, à peine visible dans la lumière,
Tu continues à servir de repère sur notre route certaine vers un but lointain.
Mais le regard que nous portons sur toi s’envole et rompt le fil qui devrait t’attacher à nous et nous à toi.
Mais tu te trisses, tu décarres
Et dans la boîte à réfléchir
La der des noyes, malabare,
Remet du noir et plus que mare
Nous corne qu’il faut dégauchir.
Minute ! à la dernière gare
Le dur attendra mézigo :
Signé « Canrobert » ou « Gigot ».
À revivre tous les naufrages
Pour en être sauvé toujours
Par la vague même et l’orage,
Tel atteignit un paysage
Au-delà des nuits et des jours.
C’était le domaine des sages,
Il en donna la clé aux fous
Pour chercher un lieu sans verrous.
À s’endormir à la légère,
Ô lumière, ô Calixto,
Il prit la route buissonnière
Vers un réveil qui le libère
Autant des ports que des bateaux.
À s’endormir à la légère,
En retrouvant la pesanteur
Il retrouva son créateur,
À s’endormir à la légère :
La terre et, seulement, la terre...