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Citadelle/CLXXIII

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CLXXII Citadelle
CLXXIII
written by Antoine de Saint-Exupéry
CLXXIV


CLXXIII

Il n’était rien qu’une barque perdue au loin sur le calme de la mer.

Il est sans doute, Seigneur, une autre échelle d’où ce pêcheur là-bas dans sa barque me paraîtrait flamme de ferveur ou nœud de colère, tirant des eaux le pain de l’amour à cause de la femme et des enfants, ou le salaire de famine. Ou bien se montrerait à moi le mal dont peut-être il meurt et qui le remplit et qui le brûle.

Petitesse de l’homme ? Où vois-tu qu’il y ait petitesse ? Tu ne prends point mesure de l’homme avec une chaîne d’arpenteur. C’est au contraire quand j’entre dans la barque que tout devient immense.

Il te suffit, Seigneur, pour que je me connaisse, que Tu plantes en moi l’ancre de la douleur. Tu tires sur la corde et je me réveille.

Soumis peut-être à l’injustice, l’homme de la barque ? Rien ne diffère dans le spectacle. La même barque. Le même calme jour sur les eaux. La même oisiveté du jour.

Qu’ai-je à recevoir des hommes si je ne me fais pas humble pour eux ?

Seigneur, rattachez-moi à l’arbre dont je suis. Je n’ai plus de sens si je suis seul. Qu’on appuie sur moi. Que j’appuie sur l’autre. Que Tes hiérarchies me contraignent. Je suis ici défait et provisoire.

J’ai besoin d’être.