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Citadelle/LXVI
| LXV | Citadelle LXVI written by Antoine de Saint-Exupéry |
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LXVI
Cependant il me vint le problème de la saveur des choses. Et ceux de ce campement-ci fabriquaient des poteries qui étaient belles. Et ceux de cet autre, qui étaient laides. Et je comprenais avec évidence qu’il n’était point de loi formulable pour embellir les poteries. Ni par dépense pour l’apprentissage, ni par concours et honneurs. Et même je remarquais que ceux-là qui travaillaient au nom d’une ambition autre que la qualité de l’objet, et même s’ils consacraient leurs nuits à leur travail, aboutissaient à des objets prétentieux et vulgaires et compliqués. Car en fait, leurs nuits de veille, il les accordaient à leur vénalité ou à leur luxure ou à leur vanité, c’est-à-dire à soi-même, et ils ne s’échangeaient plus en Dieu en s’échangeant contre un objet devenu source de sacrifice et image de Dieu, où les rides et les soupirs et les paupières alourdies et les mains tremblantes d’avoir tant pétri et les satisfactions du soir après le travail et l’usure de la ferveur vont se confondre. Car je ne connais qu’un acte fertile qui est la prière, mais je connais aussi que tout acte est prière s’il est don de soi pour devenir. Tu es comme l’oiseau qui bâtit son nid et le nid est tiède, comme l’abeille qui fait son miel et le miel est doux, comme l’homme qui pétrit son urne par l’amour de l’urne, donc par amour, donc par prière. Crois-tu au poème qui fut écrit pour être vendu ? Si le poème est objet de commerce, il n’est plus poème. Si l’urne est objet de concours elle n’est plus urne et image de Dieu. Mais image de ta vanité ou de tes appétits vulgaires.