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Citadelle/XXXIV

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XXXIII Citadelle
XXXIV
written by Antoine de Saint-Exupéry
XXXV


XXXIV

Je considérais de nouveau cette ville qui s’allumait dans le soir. Un visage blanc parfois bleui, avec ses lumières en couvée, allumant par-dedans les demeures. Et la structure de ses rues. Et son silence qui commençait car il se faisait en elle le silence qui vient aux roches sous-marines. Et comme j’admirais le dessin des rues et des places et ça et là ces temples comme des greniers spirituels, et tout autour ce vêtement sombre de la colline, il me vint l’image cependant, malgré la chair dont elle était pleine, d’une plante séchée, coupée de ses racines. Il me vint l’image de greniers vides. Il n’y avait plus là un être vivant dont chaque part résonnât sur l’autre, il n’y avait plus un cœur nouant le sang pour le déverser dans toute la substance, il n’y avait plus une chair unique capable de se réjouir ensemble aux jours de fête, capable de former un chant unique. Il n’y avait plus que des parasites installés dans les coquillages d’autrui, vaquant chacun dans sa prison et ne collaborant point. Il n’y avait plus une ville mais une écorce de ville remplie de morts qui croyaient vivre. Je me disais :

« Voilà un arbre qui va sécher. Voilà un fruit qui va pourrir. Voilà le cadavre d’une tortue sous son écaille. » Et il m’est apparu que ma ville, il fallait la gonfler de nouveau de sève. Il fallait rattacher au tronc nourricier toutes ces branches. Il fallait remplir les greniers et les citernes de leurs provisions de silence. Et il fallait que ce fût moi : sinon qui aimerait les hommes ?