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Désarmement
| China in Travail | Désarmement written by Napoléon Antoine Belcourt |
The Building Guild Movement |
| The Canadian Forum, February 1921, p. 136 |
La Ligue des Nations, dont les travaux à Genéve ont été ajournés au mois de septembre 1921, n'a, comme la montagne en travail, rien produit. Elle n'a même pu apporter le moindre soulagement au martyre séculaire de l'Arménie.
La civilisation moderne, ébranlée jusqu'à sa base par la guerre mondiale dans laquelle ont sombré plus de quarante millions de vies humaines, qui a ensanglanté la terre, causé des pertes matérielles que les chiffres les plus extravagants ne peuvent mesurer et que l'imagination même est impuissante à évaluer, qui a bouleversé l'ordre social, est maintenant en train de s'écrouler sous les attaques du bolchévisme.
Voilà l'horrible situation dans laquelle le monde civilisé se débat vainement. C'était bien, cependant, la tâche de la Ligue des Nations de conjurer le péril imminent.
Le désarmement est le remède suprême que la Ligue aurait dû appliquer, ou, pour le moins, commencer à appliquer. On a répondu à l'attente fiévreuse des peuples qui implorent la paix et le rétablissement de la justice et de l'ordre par de vaines discussions sur la procédure et les pouvoirs respectifs du "Conseil" et de "l'Assemblée", par l'imposition du secret aux délibérations de ses diverses commissions et, enfin, par un retour aux anciennes et pernicieuses pratiques de l'antique "diplomatie européenne".
On s'est contenté d'ébaucher un projet de Tribunal de Justice international.
Aussi les grandes puissances se sentent-elles libres de toutes entraves dans l'accomplissement de leurs gigantesques projets de surarmement, laissant les petites nations également libres d'imiter ce criminel égoïsme et cette folie supreme.
Les serments de fraternité, d'union sacrée que l’on se prodiguait durant l'affreuse et terrifiante hécatombe, maintenant qu'ils ont servi les besoins du moment, sont oubliés ou méconnus, ou même considérés comme par trop naïfs.
On les a écartés pour laisser libre jeu aux appétits toujoqrs renaissants et impérieux de l’égoïsme individuel ou national.
Aux exigences légitimes de la paix, de la justice et de l'ordre, on a préféré la satisfaction des intérêts matériels, de la cupidité des peuples en mal de nouvelles conquêtes et d'expansion, aux dépens des nations petites ou faibles.
On a vite oublié ou dé1ibéremment méconnu la brutale et concluante leçon de la récente catastrophe; on ne semble s'être aucunement ému de la terrible probabilité d'autres conflits semblables ou pires encore.
La montrueuse(sic!) insanité dont l'Allemagne est présentement la victime semble devoir en faire de nouvelles.
Si les grandes puissances ne désearment pas, si l’on ne répudie à jamais le faux principe si vis pacem para bellum, pour lui substituer définitivement le si vis pacem para pacem, la civilisation moderne, si terriblement compromise, marchera promptement et fatalement à sa destruction.
Si la Ligue des Nations ne pent ou ne veut pas proclamer et pratiquer le désarmement international, elle aura failli à sa tàche, elle n'aura plus aucune raison d'être, son utilité aura complètement cessé.
La paix dans le monde n'existera jamais que si chacune des grandes puissances renonce pour [p.137] elle-même et pour toujours a la suprématie sur les mers ou sur la terre, ainsi que l'ont surabondamment prouvé la tentative insensée de Bonaparte et celle si récente de Guillaume d'Allemagne.
Si la Grande-Bretagne ou la puissante Republique Américaine nourrit le dessein de se donner la suprématie maritime, elles ne réussiront qu'à amener la banqueroute nationale de toutes deux, et, conséquence inévitable, la démoralisation de la civilisation moderne, que le bolchévisme est tout préparé a rendre générale et complète.
C'est à l'Angleterre et aux Etats-Unis qu'incombe, à un degré à peu près égal, la responsabilité première de l'heure présente. La paix du monde dépendra de l'initiative de l'un ou l'autre de ces deux pays, et surtout du geste commun qu'ils exécuteront.
Le désarmement international peut et doit être leur œuvre commune. Ils n'ont qu'à le vouloir sincèrement et à prendre les moyens à leur disposition pour l'imposer au monde. II leur suffit aujourd'hui d'en avoir le désir et la volonté — comme il leur aurait suffi de l'avoir désiré et voulu il y a quinze ans — pour en assurer l'accomplissement.
C'était alors l'ambition suprême d'Edouard VII. Plusieurs ont professé, à l'époque, la conviction que le président de la République américaine, M. Roosevelt, aurait volontiers partagé avec le "roi pacificateur" la gloire d'être 1'instrument de la Providence pour donner au monde I'immense bienfait de la paix universelle.
Deux obstacles, ni l'un ni l'autre insurmontable, ont alors empêché ou plutôt seulement retardé la réalisation immédiate de ce sublime idéal. De la part de la Grande-Bretagne ce fut le manque absolu d'imagination et de clairvoyance, caractéristique par trop fréquente du tempérament anglo-saxon, et en particulier de ceux qui avaient alors la responsabilité de conseiller Sa Majesté.
Ne pouvons-nous, ne devons-nous pas espérer que le Roi est entouré maintenant d'aviseurs plus éclairés et moins pusillanimes.
Aux Etats-Unis, ce fut la traditionelle crainte des "entangling alliances".
II aurait alors fallu créer chez le peuple américain la conviction, que la guerre lui a maintenant imposée, qu'il ne peut pas, qu'il ne doit pas se désintéresser de la politique, ni même des conflits de l'Europe.
Si on eût réellement en Angletere, comme aux Etats-Unis, il y a quinze ou vingt ans, voulu la paix universelle, et si on eût pris les moyens qui s'offraient alors pour l'établir, nous l'aurions tout probablement obtenue et le monde aurait été préservé de la catastrophe dont il vient de sortir, mutilé ensanglanté, broyé, foudroyé, et dont les désastres ne pourront jamais être oubliés ni même complètement réparés.
A la session parlementaire, à Ottawa, en 1906, j'eus l'honneur de proposer à la Chambre des Communes l’adoption d'une adresse à sa Majesté le Roi Edouard VII, l'invitant, ainsi que Sa Majesté la Reine Alexandra, à rendre visite à ses sujets canadiens.
C'était surtout et par-dessus tout le désir de faire contribuer le parlement canadien, dans la mesure de ses moyens, à l'oeuvre de la paix universelle qui me poussa à formuler cette demande, ainsi que l'atteste la partie du discours que je prononçai à l'appui de la motion et qu'il n'est peut-être pas oiseux de rappeler: — Débats de la Chambre des Communes 1906, page 1741.
. . . "Bien plus. Monsieur l'Orateur, n'est-il pas légitime de nourrir I'espoir et de croire qu'une telle visite, à l’époque actuelle, contribuerait à donner plus d'ampleur à l'"Entente Cordiale", de façon à gagner la puissante cooperation des Etats-Unis d'Amérique à la réalisation du noble objectif visé par cette entente? Car, Monsieur l'Orateur, s'il nous est donné de nous réjouir de l'alliance intervenue entre la République française, le Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande et les possessions britanniques dans le monde entier, n'est-il pas légitime d'espérer que cette alliance s'étendra de façon à embrasser la république des Etats-Unis d'Amérique et cet empire recuié de l'Orient, dont l'emblême national symbolise avec tant de vérité ses brillants exploits de fraîche date et son merveilleux progres: alliance entre les premières nations d'Europe, les deux plus grandes nations d'Amérique et la seule grande nation de l'Asie; alliance embrassant le monde entier, dont le but et le mot d'ordre seraient 'règne de paix universelle', avec tout ce que ces paroles magiques font augurer de bien pour I'humanité. Ne sommes-nous pas autorisés à croire que l'heure est venue où les nations éclairées du mbnde entier mettront fin aux armements militaires et cesserront de verser aux démons de la guerre le tribut de leur sang le plus précieux et de leurs plus riches trésors? Voilà trop longtemps déjà que les nations européennes gémissent sous l'écrasant fardeau du militarisme. Tout le monde désire ou demande la paix, et l'air est pour ainsi dire embaumé du souffle parfumé de la paix. Le noble roi d'Angleterre, le noble président des Etats-Unis se sont consacrés au service de la paix; tous deux ils croient fermement à l'avènement de la paix universelle et ils n'ont cessé de prêcher avec un succès marquant l'évangile de la paix. Ne pouvons-nous pas aujourd'hui nous bercer de l'espoir que leurs brillants succès, de date recente, ne sont que les signes avant-coureurs de la paix universelle?"
Le premier ministre, le Très Honorable Sir Wilfrid Laurier, le chef de l'opposition de l'époque, M. R. L. Borden, maintenant le Très Honorable Sir Robert Laird Borden, et plusieurs autres députés et sénatcurs donnèrent à la motion et au discours du proposeur leur cordiale approbation.
Adoptée par les deux Chambres avec enthousiasme, l'adresse fut promptement transmise à Lord Elgin, qui occupait alors le poste de Secrétaire colonial, [p. 138] avec les discours prononcé dans les deux Chambres, pour être soumise au Roi.
Le Secrétaire des Colonies, m'assura-t-on dans le temps, ne se donna pas même la peine de soumettre à Sa Majesty l'invitation du Parlement canadien. Il se contenta pour toute réponse de faire savoir au représentant de Sa Majesté en Canada que les précédents n'autorisaient pas les Conseillers du Roi en Angleterre à aviser Sa Majesté de traverser les mers pour rendre visite à ses sujets.
C'est ainsi que fut écartée du coup la possibilité, on pourrait même dire la probabilité de l'établissement de la paix universelle — et cela moins de dix ans avant la guerre.
Aussi n'est-il pas exagéré de dire que n'eût été le manque de clairvoyance, l'attachement à la routine et au red tape de Lord Elgin, le cataclysme de 1914 aurait peut-être été conjuré.
L'histoire va-t-elle se répéter? Va-t-on méconnaître la leçon si terrible et si concluante de la grande guerre?
C'est à l'Angleterre et aux Etats-Unis qu'il incombe tout particulièrement et immédiatement d'esquisser un geste concret, commun et définitif en faveur du désarmement.
Ce sont les deux grandes puissances du jour qui peuvent, en l'adoptant pour elles-mêmes, l'imposer à toutes les nations, grandes ou petites, membres ou non de la Ligue des Nations, aux vainqueurs et aux vaincus.
L'accroissement de l'armement militaire ou naval, surtout de ce dernier, constituerait un crime monstrueux. Ce serait la négation et la dégradation des sacrifices de la guerre. Ce serait servir l’action du bolchévisme beaucoup plus sûrement que toutes les propagandes et toutes les victoires des soviets.
- L'honorable N. A. Belcourt.