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Citadelle/CLXV

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CLXIV Citadelle
CLXV
written by Antoine de Saint-Exupéry
CLXVI


CLXV

« Ils trouvent les choses, disait mon père, comme les porcs trouvent les truffes. Car il est des choses à trouver. Mais elles ne te servent de rien car tu vis, toi, du sens des choses.

« Mais ils ne trouvent pas le sens des choses parce qu’il n’est point à trouver mais à créer.

« C’est pourquoi je te parle. »

« Que contiennent ces événements ? disait-on à mon père.

— Ils contiennent, répondait mon père, le visage que j’en pétris. »

Car toujours tu oublies le temps. Or le temps pendant lequel tu auras cru en quelque fausse nouvelle t’aura grandement déterminé, car elle sera travail de graine et croissance de branches. Et ensuite, même si te voilà détrompé, tu seras autrement devenu. Et si je t’affirme ceci ou cela tu en découvriras tous les signes, tous les recoupements, toutes les preuves. Ainsi de ta femme si je t’affirme qu’elle te trompe. Tu la découvriras coquette, ce qui est vrai. Et sortant à toute heure, ce qui est vrai encore, mais dont tu ne t’étais pas aperçu. Si ensuite je répare mon mensonge, la structure cependant demeure. De mon mensonge il reste toujours quelque chose, car il est point de vue pour découvrir des vérités qui sont.

Et si je dis que les bossus charrient la peste, tu t’épouvanteras du nombre des bossus. Car tu ne les avais point remarqués. Et plus tu m’auras cru longtemps, mieux tu les auras dépistés. Il reste ensuite que tu connaisses leur nombre. Et c’est ce que je voulais.