LXXVI
Ne t’inquiète donc point des cris que soulèvera ta parole car une vérité nouvelle est une structure nouvelle offerte d’emblée (et non une proposition évidente dont l’on puisse progresser de conséquence en conséquence) et chaque fois que tu signifieras un élément de ton visage on t’objectera que dans l’autre visage cet élément jouait un rôle différent et d’abord l’on ne comprendra point que tu paraisses et te contredire et contredire.
Mais tu diras : « Voulez-vous accepter de mourir à vous-mêmes, d’oublier et d’assister sans résister à ma création nouvelle ? Ainsi seulement pourrez-vous muer, vous étant fermés en chrysalides. Et vous me direz, expérience faite, si vous n’êtes point plus clairs, plus paisibles et plus vastes. »
Car il n’est point de proche en proche, plus que de la statue que je taille, de vérité qui se démontre. Mais elle est une, et ne se voit qu’une fois faite. Et même ne se remarque point car on s’y trouve. Et la vérité de ma vérité c’est l’homme qui en sort.
Ainsi d’un monastère où je t’enferme pour te changer. Mais si tu me demandes, du milieu de tes vanités et de tes problèmes vulgaires, de te démontrer ce monastère, je dédaignerai de répondre, car celui qui pourrait comprendre est autre que toi et je dois d’abord l’appeler au jour. Je ne sais que te contraindre à devenir.
Ne t’inquiète donc point non plus des protestations que soulèvera ta contrainte. Car ils auraient raison ceux-là qui crient si tu les touchais dans leur essence et les frustrais de leur grandeur. Mais le respect de l’homme c’est le respect de sa noblesse. Mais eux ils nomment justice de continuer d’être, même pourris, parce qu’ainsi venus au monde. Et ce n’est point Dieu que tu lèses si tu les guéris.