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Citadelle/LXXXVII

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LXXXVI Citadelle
LXXXVII
written by Antoine de Saint-Exupéry
LXXXVIII


LXXXVII

Tu ne recevras point de signe car la marque de la divinité dont tu désires un signe c’est le silence même.

Et les pierres ne savent rien du temple qu’elles composent et n’en peuvent rien savoir. Ni le morceau d’écorce, de l’arbre qu’il compose avec d’autres. Ni l’arbre lui-même, ou telle demeure, du domaine qu’ils composent avec d’autres. Ni toi de Dieu. Car il faudrait que le temple apparût à la pierre ou l’arbre à l’écorce, ce qui n’a point de sens car il n’est point pour la pierre de langage où le recevoir. Le langage est de l’échelle de l’arbre. Ce fut ma découverte après ce voyage vers Dieu.

Toujours seul, enfermé en moi en face de moi. Et je n’ai point d’espoir de sortir par moi de ma solitude. La pierre n’a point d’espoir d’être autre chose que pierre. Mais, de collaborer, elle s’assemble et devient temple.

L’apparition de l’archange je n’ai plus l’espoir d’y prétendre car ou bien il est invisible ou bien il n’est pas. Et ceux qui espèrent un signe de Dieu c’est qu’ils en font un reflet de miroir et n’y découvriraient rien qu’eux-mêmes. Mais me vient, d’épouser mon peuple, la chaleur qui me transfigure. Et cela est marque de Dieu. Car une fois fait le silence, il est vrai pour toutes les pierres.

Donc moi-même, hors de toutes communautés, je ne suis rien qui compte et ne saurais me satisfaire.

Donc laissez-vous être grain de blé pour l’hiver dans la grange, et y dormir.