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Citadelle/LXXXVIII

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LXXXVII Citadelle
LXXXVIII
written by Antoine de Saint-Exupéry
LXXXIX


LXXXVIII

Ce refus d’être transcendés :

« Moi », disent-ils.

Et ils se frappent le ventre. Comme s’il était quelqu’un en eux, par eux. Ainsi des pierres du temple qui diraient : « Moi, moi, moi… »

De même ceux-là que je condamnais à extraire les diamants. La sueur, les ahans, l’abrutissement devenaient diamants et lumière. Et ils existaient par le diamant qui était leur signification. Mais vint le jour où ils se révoltèrent. « Moi, moi, moi ! » disaient-ils. Voici qu’ils refusaient de se soumettre au diamant. Ils ne voulaient plus devenir. Mais se sentir honorés pour eux-mêmes. Au lieu du diamant ils se proposaient eux-mêmes pour modèle. Ils étaient laids car ils sont beaux en le diamant. Car les pierres sont belles en le temple. Car l’arbre est beau en le domaine. Car le fleuve est beau en l’empire. Et l’on chante le fleuve : « Toi, le nourricier de nos troupeaux, toi le sang lent de nos plaines, toi le conducteur de nos navires… »

Mais ceux-là s’estimaient comme but et comme fin, et ne s’intéressant plus désormais qu’à ce qui les servait, non à plus haut qu’eux-mêmes qu’ils eussent servi.

Et c’est pourquoi ils massacrèrent les princes, écrasèrent en poudre les diamants pour les partager entre eux tous, enfouirent dans les cachots ceux qui, chercheurs de vérités, eussent pu un jour les dominer. « Il est temps, disaient-ils, que le temple serve les pierres. » Et tous ils s’en allaient enrichis, pensaient-ils, de leurs morceaux de temple, mais dépossédés de leur part divine et devenus simples gravats !