XC
Et voici cependant qu’il te vient de t’inquiéter, car tu as vu le mauvais tyran écraser les hommes. Et l’usurier les tenir dans son esclavage. Et quelquefois le bâtisseur de temples ne point servir Dieu mais se servir soi et tirer pour soi la sueur des hommes. Et il ne t’est pas apparu que les hommes en fussent grandis.
C’est que mauvaise était la démarche. Car il ne s’agit point de faire l’ascension, et au hasard des pierres qui le composent, d’en tirer le bras. Au hasard des membres l’ange de pierre. Au hasard des anges ou des colonnes ou des ogives le temple. Car tu es libre ainsi de t’arrêter à l’étage que tu souhaites. Il n’est point meilleur de soumettre les hommes au temple qu’au simple bras de la statue. Car ni le tyran, ni l’usurier, ni le bras, ni le temple n’ont qualité pour absorber les hommes et les enrichir en retour de leur propre enrichissement.
Ce ne sont point les matériaux de la terre qui s’organisent par hasard et font leur ascension dans l’arbre. Pour créer l’arbre, tu as jeté d’abord la graine où il dormait. Il est venu d’en haut et non d’en bas.
Ta pyramide n’a point de sens si elle ne s’achève en Dieu. Car celui-là se répand sur les hommes après les avoir transfigurés. Tu peux te sacrifier au prince si lui-même en Dieu se prosterne. Car alors ton bien te revient ayant changé de goût et d’essence. Et l’usurier ne sera point, ni le bras seul, ni le temple seul, ni la statue. Car d’où viendrait ce bras s’il n’est pas né d’un corps ? Le corps n’est point assemblage de membres. Mais de même que le voilier n’est point, au hasard de leur assemblage, un effet d’éléments divers, mais au contraire découle par diversités et contradictions apparentes de la seule pente vers la mer, laquelle est une, de même que le corps se diversifie en membres mais n’est point une somme, car on ne va point des matériaux à l’ensemble, mais comme te le dira tout créateur et tout jardinier et tout poète, de l’ensemble aux matériaux. Et qu’il me suffit d’enflammer les hommes de l’amour des tours qui dominent les sables pour que les esclaves des esclaves de mes architectes inventent le charroi des pierres et bien d’autres choses.