XCVI
Car je te parlerai un jour de la nécessité ou de l’absolu qui est nœud divin qui noue les choses.
Car impossible il est de jouer dans le pathétique au jeu de dés si les dés ne signifient rien. Et celui-là que j’envoie par ordre sur la mer, si elle se montre orageuse et qu’avant de s’y embarquer il en prend connaissance par un vaste regard, et que les nuages lourds il les pèse comme adversaires, et que cette houle il la mesure, et que ce fléchissement du vent il le respire, toutes ces choses pour lui retentiront les unes sur les autres et, de par la nécessité qui est mon ordre, à quoi il n’y a rien à répondre, il ne sera plus pour lui spectacle disparate de foire mais basilique construite et moi comme clef de voûte pour établir sa permanence. Ainsi celui-là sera-t-il magnifique quand il entrera, déléguant à son tour ses ordres dans le cérémonial du navire.
Mais tel autre, hors de moi, s’il prétend visiter la mer en promeneur et qu’il y peut errer comme il le souhaite et se résoudre selon sa propre pente au demi-tour, il n’a point accès à la basilique et ces nuages lourds ne lui sont point épreuve mais guère plus importants que d’une toile peinte, et ce vent qui fraîchit n’est point transformation du monde mais faible caresse sur la chair, et cette houle qui se creuse n’est que fatigue pour son ventre.
Et c’est pourquoi ce que j’appellerai devoir, qui est nœud divin qui noue les choses, ne te construira ton empire, ton temple, ou ton domaine que s’il se montre à toi comme absolue nécessité et non comme jeu dont les règles seraient changeantes.
« Tu reconnaîtras un devoir, disait mon père, à ce que d’abord il n’est point de toi de le choisir. »
C’est pourquoi se trompent ceux-là qui cherchent à plaire. Et pour plaire se font malléables et ductiles. Et répondent d’avance aux désirs. Et trahissent en toute chose afin d’être comme on les souhaite. Mais qu’ai-je affaire de ces méduses qui n’ont ni os ni forme? Je les vomis et les rends à leurs nébuleuses : venez me voir quand vous serez bâtis.
Ainsi les femmes elles-mêmes se lassent-elles de qui les aime quand celui-là pour montrer son amour accepte de se faire écho et miroir, car nul n’a besoin de sa propre image. Mais j’ai besoin de toi qui es bâti en forteresse avec ton noyau que je rencontre. Assieds-toi car tu existes.
Celui-là qui est d’un empire, la femme l’épouse et se fait servante.