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Elles se rendent pas compte/Chapitre XV

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Chapitre XIV Elles se rendent pas compte
Chapitre XV
written by Vernon Sullivan
Chapitre XVI


Chapitre XV

Je me réveille en sursaut. Qu’est-ce qui fait ce bruit ? Je m’aperçois que, comme une andouille, je ne me suis pas enfermé dans le box.

J’évite de faire le moindre mouvement et j’écoute.

Il fait assez clair à cause du soleil de dehors. J’ouvre les yeux avec précaution, petit à petit.

De là où je suis, je ne vois rien. Le bruit, c’est celui de la porte, je me rappelle, elle fait un petit grincement sur deux notes, une haute et une plus grave.

Bon. De toute façon, faut voir. Je me lève sans précaution… Je me rappelle que je suis en fille juste au moment où je vais remettre mon pantalon à sa place correcte et je saute sur le ciment. J’allume.

Il y a un type dans le box. Je gueule.

– Qu’est-ce que vous faites ici ?

Il me regarde et se marre.

– Faut pas avoir peur comme ça, mon chou, il dit.

– Sortez de là, je dis. Immédiatement.

– Alors, il dit, on est si farouche ?

Il s’avance vers moi. Il est grand et costaud. Trente-cinq, quarante ans, les cheveux noirs, la bouche mince. Il a un complet en coutil rayé. Ça prouve rien, tout le monde en a, cet été. Un chapeau clair. On ne peut rien dire de ce type-là.

– Restez où vous êtes, je dis.

– Allons, ma petite, il répond, fais pas l’imbécile et viens avec moi. Faut qu’on ait une gentille conversation ensemble.

– Restez là, je dis.

Il s’arrête.

– Qu’est-ce que vous voulez savoir ? je demande. Vous me prenez pour une agence de renseignements ?

– Qu’est-ce que vous faisiez dans une Buick hier devant chez Gaya Valenko ?

– Vous êtes ivre ? je demande.

Je me déplace peu à peu pour gagner une position plus commode. Il a pas l’air de s’en apercevoir.

– Vous étiez deux, il dit. Un type est sorti d’ici il y a un peu plus d’une heure. Qu’est-ce que vous veniez faire chez les Valenko ?

– Je ne connais personne qui s’appelle comme ça, je dis.

Et puis je feinte à droite et je place mon gauche. Ça arrive en direct mais il tombe pas. Ça me surprend.

– Mince, il dit.

Et puis on se met à se bagarrer ferme. J’en bloque un qui était bien parti ; ce salaud le double et ça m’arrive sur l’oreille comme un presse-papier en fonte. Mais celui qu’il prend sur le nez est pas piqué des vers non plus. En même temps, je me laisse choir et je lui ramasse une patte. Maintenant, je suis assis sur lui et je lui tortille le pied d’une drôle de façon, ça n’a pas l’air de lui plaire. Ce cochon-là est fort comme un ours, et ma jupe me gêne pour me battre. Il réussit à se retourner et m’envoie bouffer le ciment ; heureusement, j’amortis avec mon avant-bras, et c’est mon pied à moi qui trinque maintenant. Moi aussi, je sais me sortir de cette clé-là. Bon Dieu, que ça fait mal. Pendant toute cette bagarre, on dit pas un mot pour ne pas ameuter les gens du Club, et c’est bien désagréable de ne pas pouvoir engueuler ce grand veau. Il est pas tout à fait placé comme il faut pour sa prise ; je profite d’un effort qu’il fait pour rectifier la position et je me glisse un bras dans le collier. Maintenant, il est obligé de me travailler un bras et une jambe à la fois, ça lui donne plus de mal… Il s’attendait pas à celle-là, c’est un truc à moi, faut avoir les reins souples. Si j’avais le cinéma, je vous ferais un gros plan, maintenant, parce que j’ai réussi à me remettre sur le côté et j’ai sa cuisse près de ma mâchoire… dans ma mâchoire… et je mords. Là, il laisse échapper un subtil grognement et lâche tout. Je me relève, assez de catch, je lui attrape le bras et il s’envole… mince, il a l’air de connaître le judo aussi, c’est moi qui me balade au bout de ses pieds… bing… que ce ciment fait mal au dos. Ce coup-ci, on revient à la boxe ; on y va franco et on s’écroule tous les deux ; je saigne du nez, il a un œil fermé ; on est assis par terre, on se regarde et on se met à se marrer. Ça, ça désarme.

– Merde… il dit. Moi, je vous prenais vraiment pour une fille.

– Bon, moi, je vous prenais pour un mollasse, je réponds, mais je me suis gouré, on dirait.

Il se relève.

– Allez, il dit, ça va… On n’y arrivera pas. Je suis Jack Carr – flic privé – engagé par Salomon Valenko pour surveiller sa fille – et je voudrais savoir pourquoi vous avez pris en chasse Donna Watson hier après-midi.

Au fond, ce gars n’est pas déplaisant. Je me relève.

– C’est vrai, ça ? je demande.

Il me tend son portefeuille, il a une licence et tout ce qu’il faut. Il est même ancien flic.

– Pourquoi vous me bourrez le crâne, je dis. Y a pas un flic privé qui sache le catch et le judo comme ça. Vous êtes un gars du F. B. I. ou alors je ne m’appelle plus Francis Deacon.

Mince. Ça, c’est ce qu’on peut appeler une… bêtise. Enfin, c’est dit.

– Francis Deacon ? il fait. Ravi de vous connaître.

– Mettons que je n’aie rien dit, je réponds. Ici, je suis Diana. Et dans dix minutes faut que je m’en aille. Alors, grouillez-vous de m’arrêter.

Il se marre.

– Tout est très clair, il dit. Au fait, je vous signale tout de suite que…

Bon. Ça t’apprendra à mettre ta main dans ta poche. Il en récolte un à la pointe du menton qui n’est pas dans une musette. Cette fois, il y va. Je le rassemble et je le range dans un coin, et puis je me grouille de mettre Kane junior en marche et de me barrer ; si ça me prend cinq minutes, c’est un maximum ; et, là-dessus, j’ai eu le temps de me repoudrer.