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Elles se rendent pas compte/Chapitre XX

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Chapitre XIX Elles se rendent pas compte
Chapitre XX
written by Vernon Sullivan
Chapitre XXI


Chapitre XX

J’ai jamais été si heureux physiquement qu’au moment où je me retrouve chez le copain de Ritchie, sous une bonne douche, avec un savon, une serviette… et, de l’autre côté, des fringues d’homme qui m’attendent.

Parce qu’à la longue, je me rends compte qu’en souris, je suis loquée comme un poisson rouge, et c’est triste quand on est mignon comme moi.

Je suis en plein dans la mousse de savon quand ma porte s’ouvre.

– Bouge pas ! me dit la voix de Ritchie. C’est moi.

J’étais déjà en train de me planquer. L’habitude.

– J’ai téléphoné à papa, me dit Ritchie.

Heu… ça… j’aurais pas osé.

– Qu’est-ce que tu lui as dit ?

– Tout… dit mon frangin.

– Et alors ?

– Alors il dit qu’on est une belle paire d’andouilles.

– Il a pas tort.

Je me rengorge avec fierté. C’est chouette d’avoir un paternel pas bête.

– Il va essayer de nous faire engager dans la police, comme inspecteurs, ajoute Ritchie. Ou comme investigateurs du District Attorney. C’est un de ses grands potes. Comme c’est une affaire de drogue, ça lui fera de la réclame. Et on sera couverts pour ce qu’on a fait.

– Bon, ça, je dis.

– Maman m’a chargé de t’engueuler, il ajoute.

– Elle a pas tort non plus.

On a des parents sympas. Je serais parfaitement heureux si Donna s’en était tirée… Enfin… Non, y a John Payne aussi… Pauvre John. C’est notre faute. Enfin. Il a eu de bons moments avant d’y passer.

– Tu lui as dit d’arranger ça le plus vite possible ?

– Il nous rappelle dans dix minutes.

– Rien d’autre ?

– Ah ! si… il m’a demandé comment ça se fait que tu laissais dix mille dollars attachés à la colonne de direction de ta bagnole. Un mécano est venu lui rapporter tantôt.

Ça, ça m’assied.

– Y a encore des gens honnêtes… je dis.

– Il lui en a donné cinq cents en récompense, répond Ritchie. Il espère que tu es d’accord.

– Mais Wu Chang ? je demande.

– On l’avait prévenu, dit Ritchie, papa, je veux dire. Wu n’a rien et nos parents savaient que le baratin, c’était pour attirer Louise Walcott dans un piège.

– Merveilleux !… je fais. Alors l’histoire que ce salaud de Driscoll inventait, c’était vrai !…

Dans le fond, j’aurais peut-être dû vous prévenir depuis le début que mon papa, il a gagné son argent en vendant de l’alcool redistillé aux pauvres mecs qui avaient soif pendant la prohibition, ce qui est une action philanthropique à mon avis. Et puis, entre-temps, il est devenu chef de la police de Chicago, ce qui est une bonne place pour se faire du pèze, et maintenant, il a pris sa retraite à Washington. Aussi, il manque pas de défense.

Enfin.

– On a bien travaillé, je dis à Ritchie.

– Tu parles ! Papa a encore dit que, pour un rien, on foutait toute l’affaire en l’air. La police était sur Louise depuis des mois et, maintenant, elle parlera plus. Enfin, comme on a à peu près liquidé la bande, ils sont pas trop furax, mais qu’est-ce qu’on a failli prendre !…

Hum ! N’insistons pas.

– C’est tout ? je dis.

– C’est tout.

– Amène-moi le téléphone.

Ritchie s’exécute. Je compose le numéro de Gaya.

– Allô ?

– Allô, Gaya ?

J’ai reconnu sa voix.

– Francis Deacon. Prends ta bagnole et viens.

– Où ça ? elle me demande.

– Chez Ben Kirby. Tu connais ? J’ai ce qu’il te faut.

Je raccroche et je commence à me masser un peu les muscles et les articulations. Je suis truffé de bleus et de contusions et ma figure est enflée un peu partout. Gaya doit être dans les transes, puisqu’elle n’a pas sa cochonnerie pour se piquer. Elle va rappliquer en vitesse. Il lui faut vingt minutes, pas plus.

Ritchie est en train de se soigner aussi, il est couvert de sparadrap.

– Ritchie ! je dis. Tu t’en ressens, pour lui flanquer une raclée ?

– À qui ?

– À cette garce de Gaya, je réponds.

– Heu… il me dit, je lui ferais plutôt des politesses.

– Bon. Ça n’empêche pas, je conclus.

On se masse et on se soigne, et vingt minutes après, il arrive une bagnole. Gaya a vite fait de nous rejoindre ; à ce moment-là, on est tous les deux dans la chambre que Ben nous a donnée, en sous-vêtements, et on en grille une.

– Bonjour, elle dit. Tu en as ?

– Viens nous faire la bise, mon chou, je réponds. On n’entre pas comme ça chez les gens.

Elle est fébrile, mal à son aise. Moi, j’ai idée que mon remède est meilleur.

– Ferme la porte, Ritchie.

Il obéit.

– Déshabille-toi, Gaya, je continue.

Comme elle n’obtempère pas, je l’attrape par ce qui dépasse et je mets tout en miettes. Ritchie vient m’aider.

– À la douche, je lui dis.

On l’emmène dans la douche et on lui en passe une bonne, et, croyez-moi, cette fille-là sous la flotte elle est encore plus jolie qu’à l’air.

– T’es pas plus intoxiquée que moi, je continue. Tu as voulu jouer les grandes droguées. Ça prend pas. Un petit rafraîchissement comme ça, c’est ce qu’il te faut.

Sur quoi, je l’envoie sur le lit d’un bon coup de savate dans les fesses. Elle s’affole et se met à pleurer.

Je tire un voile, parce qu’à ce moment-là, il est juste temps qu’on la console.

D’ailleurs, l’histoire est à peu près finie.