Nous n’avons bien évidemment aucune intention d’assimiler la programmation d’un ordinateur à une science occulte. Si nous vous accueillons ici comme un apprenti sorcier, c’est seulement pour attirer votre attention sur ce qu’implique cette image que vous donnerez probablement de vous-même (involontairement) à vos contemporains. Il peut être intéressant aussi d’emprunter quelques termes au vocabulaire de la magie pour illustrer plaisamment certaines pratiques.
La programmation est l’art d’apprendre à une machine comment elle pourra accomplir des tâches nouvelles, qu’elle n’avait jamais été capable d’effectuer auparavant. C’est par la programmation que vous pourrez acquérir le plus de contrôle, non seulement sur votre machine, mais aussi peut-être sur celles des autres, par l’intermédiaire des réseaux. D’une certaine façon, cette activité peut donc être assimilée à une forme particulière de magie. Elle donne effectivement à celui qui l’exerce un certain pouvoir, mystérieux pour le plus grand nombre, voire inquiétant quand on se rend compte qu’il peut être utilisé à des fins malhonnêtes.
Dans le monde de la programmation, on désigne par le terme de hackers les programmeurs chevronnés qui ont perfectionné les systèmes d’exploitation de type Unix et mis au point les techniques de communication qui sont à la base du développement extraordinaire de l’internet. Ce sont eux également qui continuent inlassablement à produire et à améliorer les logiciels libres, dits « open source ». Dans notre analogie, les hackers sont donc des maîtres-sorciers, qui pratiquent la magie blanche.
Mais il existe aussi un autre groupe de gens que les journalistes mal informés désignent erronément sous le nom de hackers alors qu’ils devraient les appeler plutôt des crackers). Ces personnes se prétendent hackers parce qu’ils veulent faire croire qu’ils sont très compétents, alors qu’en général ils ne le sont guère. Ils sont cependant très nuisibles, parce qu’ils utilisent leurs quelques connaissances pour rechercher les moindres failles des systèmes informatiques construits par d’autres, afin d’y effectuer toutes sortes d’opérations illicites : vol d’informations confidentielles, escroquerie, diffusion de spam, de virus, de propagande haineuse, de pornographie et de contrefaçons, destruction de sites web, etc. Ces sorciers dépravés s’adonnent bien sûr à une forme grave de magie noire.
Mais il y en a une autre.
Les vrais hackers cherchent à promouvoir dans leur domaine une certaine éthique, basée principalement sur l’émulation et le partage des connaissances[1] . La plupart d’entre eux sont des perfectionnistes, qui veillent non seulement à ce que leurs constructions logiques soient efficaces, mais aussi à ce qu’elles soient élégantes, avec une structure parfaitement lisible et documentée. Vous découvrirez rapidement qu’il est aisé de produire à la va-vite des programmes d’ordinateur qui fonctionnent, certes, mais qui sont obscurs et confus, indéchiffrables pour toute autre personne que leur auteur (et encore ! ). Cette forme de programmation abstruse et ingérable est souvent aussi qualifiée de « magie noire » par les hackers.
- ↑ Voir à ce sujet le texte de Eric Steven Raymond : « Comment devenir un hacker », reproduit sur de nombreux sites web, notamment sur : http : //www.secuser.com/dossiers/devenir_hacker.htm, ou encore sur : http : //www.forumdz.comlshowthread.php ? t=4593