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Citadelle/CLXXVIII
| CLXXVII | Citadelle CLXXVIII written by Antoine de Saint-Exupéry |
CLXXIX |
CLXXVIII
De ne point les écouter, je les entendis. Les uns sages, les autres non sages. Et celles-là qui faisaient le mal pour le mal. Car elles n’y trouvaient d’autre joie que la chaleur de leur visage et quelque sentiment obscur semblable au mouvement de la panthère. Elle lance sa patte bleue pour éblouir.
J’y voyais quelque chose du feu du volcan, lequel est puissance sans emploi ni règle. Mais du même feu qui bâtit un soleil. Et du soleil, la fleur. Comme, de conséquence en conséquence, ton sourire du matin ou ton mouvement vers la bien-aimée est ainsi la signification de toute chose. Car te suffit d’un pôle pour te rassembler et dès lors tu commences de naître.
Mais celles-là ne sont plus que brûlure…
Et tu le vois bien de l’arbre qui est sommeil apparent et mesure et lenteur, et parfum établi autour comme un règne, bien qu’il puisse servir d’aliment pour la poudre, ou l’incendie, dilapidant à jamais son pouvoir. Ainsi de toi et de tes colères rentrées, et de tes jalousies, et de tes ruses et de cette chaleur des sens qui te rend si difficile la nuit venue, je veux faire un arbre pacifique. Non par amputation mais, de même que la semence te sauve dans l’arbre un soleil qui s’en irait fondre la glace et pourrir avec elle, la semence spirituelle qui te bâtira dans ta propre gaine, ne refusant rien de toi, ne t’amputant point, ne te châtrant point, mais fondant tes mille caractères dans ton unité. C’est pourquoi je dirai non pas « Viens chez moi te faire tailler, ni réduire, ni même modeler », mais « Viens chez moi te faire naître à toi-même ». Tu me soumets tes matériaux en vrac et je te rends à toi devenu un. Ce n’est point moi qui marche en toi. C’est toi qui marches. Je ne suis rien, sinon ta commune mesure. Donc celle-là chaude et méditant le mal. A cause que t’incline au mal la cruauté des nuits chaudes quand tu te tournes et te retournes sans devenir, toute brisée et abandonnée et défaite. Mauvaise sentinelle d’une ville démantelée. Et je la vois bien ne sachant quoi faire de ses matériaux épars. Et elle appelle le chanteur, et il chante. « Non, dit-elle, qu’il s’en aille. » Elle en appelle un autre, puis un autre. Et elle les use. Puis elle se lève de fatigue et réveille l’amie : « Irréparable est mon ennui ! Les chants ne me peuvent distraire… »
Puis donc l’amour, et celui-là, et celui-là, et celui-là… elle les pille l’un après l’autre. Car elle y cherche son unité, et comment l’y trouverait-elle ? Il ne s’agit point d’un objet égaré parmi des objets.
Mais je viendrai dans le silence. Je serai couture invisible. Je ne changerai rien des matériaux, ni même leur place, mais je leur rendrai leur signification, amant invisible qui fait devenir.